Article paru dans La Lune du 4 août 1867
Casque de fer à Paris
Voilà donc ce pauvre Sallot dit Casque de fer, dit Jésus Christ, dit Pilate, dit Lajombrie, rendu à la liberté et à ses occupations ordinaires depuis 8 jours.
Ah ! Je comprends qu’il ait bu un gloria avec un certain plaisir en sortant de l’audience !
Sans rancune, joyeux d’avoir prouvé que la vérité peut quelquefois sortir de la bouche d’un arracheur de dents, humble héros des assises de Foix a repris la Clef de Garangeot, en même temps que la clé des champs.
Gare aux chicots de l’Ariège !
On va revoir le dentiste sur les places des villes du Midi avec son burnous doublé de rouge, son âne, son casque, ses élixirs et son onguent.
Quant à la fameuse tête de mort, compagne fidèle de ses travaux, j’aime à croire qu’il la laissera de côté. Ce crâne séparé du tronc est un terrible spectacle, n’est-ce pas ?

La Lune est heureuse d’être la première à livrer en public les traits d’un innocent autour duquel, pendant son procès, se sont groupés tant de sympathies.
Nous espérons que notre ami Magnard du Figaro ne doutera pas cette fois de l’authenticité du portrait que Gill a crayonné aujourd’hui.
Du reste, nous pouvons lui montrer la photographie de Casque de fer quand il voudra, et celle de Lopez en même temps.

Ceci dit, pour l’édification des masses, rendons à notre brave praticien, et en lui offrant nos sincères félicitations, proposons-lui de venir exercer dans la capitale même.
Nul doute qu’il ne fasse plus promptement fortune à Paris qu’à Orthez, surtout s’il veut bien suivre nos conseils et se dévouer uniquement à l’extraction des dents que nous allons lui citer.
Le nombre des dents qu’on se garde entre personnes publiques augmentant tous les jours, il est nécessaire qu’un opérateur habile vienne remettre en état la mâchoire de la confraternité attaquée par la carie depuis plusieurs mois.
Dépêchez-vous donc d’emballer vos effets, Casque de fer, et sans plus tarder, prenez la route de Paris.
Les gens qui ont des dents les uns les unes contre les autres souffrent comme des damnés de cet été humide.
Il serait humain de les en débarrasser sans douleur !
Article publié dans Le Charivari le 5 août 1867
Puissance de… j’allais dire de la réclame, mais ce serait injuste car il n’en a pas demandé, il n’en a pas voulu, ce pauvre diable de dentiste ambulant que le jury de l’Ariège vient d’acquitter.
Puissance de la publicité alors !
Voilà Pierre Sallot, pauvre et inconnu avant son procès, célèbre aujourd’hui et bientôt riche, grâce aux souscriptions ouvertes pour lui.
Mais il aime son État, il l’a dit et il va le reprendre maintenant qu’il est connu et s’il en a plus besoin pour vivre, eh bien !
Il arrachera des dents pour son plaisir.
Article paru dans La Petite Gironde – Journal Républicain Quotidien Bordeaux 27 octobre 1867
Pierre Sallot, dit Casque de-Fer, le complice supposé des auteurs du mystérieux assassinat de la Bastide-Besplas, Jacques Latour et Audouy, dit l’Hercule, est depuis trois jours à Bordeaux, où il exerce avec succès, sur la place des Quinconces, sa profession de dentiste. Pour nous qui, pendant cinq jours consécutifs, l’avons vu devant le jury de l’Ariège, couvert de misérables haillons, qui avons suivi dans les débats toutes les péripéties de son existence, nous pouvons dire que sa physionomie est toujours la même, calme et énergique.
Mais Il n’est plus le malheureux charlatan parcourant les bourgades de l’Ariège, voyageant tantôt à pied, tantôt sur la paille d’une charrette, où quelque paysan le laissait monter par commisération.
Il n’est plus l’homme a la tête de mort, voyageant avec sa grosse caisse sur son dos, et sa boîte d’élixirs et d’instruments sous le bras, le plus souvent enveloppé de son grand manteau rouge à double face, lui servant de redingote de voyage et de, costume de charlatan.
Après que le verdict du Jury de l’Ariège l’eut déclaré innocent, Sallot, pour oublier les souffrances d’une captivité préventive de huit mois, pour ne plus songer aux angoisses da cinq audiences ou le président, M. ViIleneuve, ne lui laissa pas une minute de repos, se rendit à Paris, et dans le promenoir couvert du Palais de l’Exposition, il exerça de nouveau son métier et avec fruit car la presse lui avait fait une petite célébrité. Il a réuni quelques économies et on le voit aujourd’hui sur notre champ de foire, tantôt cravaté de blanc et vêtu de noir, tantôt à la parade, non plus couvert de misérables loques et coiffé d’un casque en carton, mais dans le brillant costume dont on l’a généreusement gratifié, et monté sur une magnifique victoria, arrachant forces dents et vendant force élixir.
A quelque chose malheur est bon.
Annonce passée dans un journal d’Orthez, le 8 novembre 1867
Un homme qui a conquis dans ces derniers temps une certaine célébrité, nous prie d’annoncer son arrivée à Pau dans les termes suivants :
Monsieur,
Venant de l’exposition de Paris, je me propose maintenant d’aller à Pau pour le 11 de ce mois, je voudrais donc vous prier, Monsieur, de vouloir mettre mon nom sur le journal afin de prévenir le public.
En attendant de vous cette bonté, recevez Monsieur l’expression de mes sentiments, les plis dévoués.
Pierre Sallot, dentiste dit Casque de fer.
