100 mètres

Le starter est au départ
Les muscles fusent
Les fibres s’activent
100 mètres
Un rien de temps pour la gloire
10 secondes pour la vie
7 noirs pour 1 blanc
C’est parti
Un clin d’œil
C’est fini
Un poing noir levé
Instant de rage

Zappy

Avis !
On recherche Zappy.
Il mange des frites
Au coin du bar de Belgique.
C’est un drôle d’oiseau,
Tout du zigoto.

Les flics sont venus, pour l’emmener
A l’armée.
Zappy
Est insoumis !
Il ne connait rien aux pas,
Et ne s’en remettrait pas.
Il n’est pas de ceux qu’on range
Dans des boites étranges.

Le colonel amusé
L’a regardé, sous le nez :
« Z’êtes pas bavard,
Mon gaillard. 
Psychotique, 4ème degré !
Z’êtes réformé. »

Zappy
Est reparti…
Manger ses frites
Au coin du bar de Belgique.

Au château

Des enfants tombaient des toits des maisons, tout là-haut :
Un petit garçon en culottes courtes et pull marin rayé,
Quatre figures juchées sur des bicyclettes à la roue arrière de Grand-Bi,
Une fillette en robe à crinoline, très début de siècle.
Ils tombaient dans cette rue sombre, la rue du Musée, entre l’ancienne caserne des régiments du Roi et celle de l’ancien professeur.

L’esplanade était déserte, balayée par le froid qui bousculait quelques feuilles mortes.
La vallée du Thouet s’étalait en méandres de crue.
Soudain, des cris de courses, des cris de cartables entrechoqués, brisèrent la monotonie de la statue des combattants de 14-18, qui restèrent tout étonnés dans leur position défensive.
La demeure des Ducs de La Trémoïlle, de Marie de la Tour d’Auvergne, après avoir été prison était devenue Collège. La cour n’accueillait plus de carrosses mais des batailles de marrons à travers les flaques, des chahuts, des cris et des bosses.

Dans ce château, j’ai rêvé de dames courtisanes montées dans des calèches attelées de blancs chevaux, accompagnées de damoiseaux.
J’étais ce preux chevalier qui allait protéger toutes ces jeunes filles entre-aperçues.
Ou bien, je serai ce courageux maçon qui élèverait, ses enfants dans un petit logement de la basse ville.

Eternel recommencement

Dans la forêt calcinée, le grand arbre est abattu
Seul, le pied, tronc moussu, reste figé en terre
Ecorché par la tronçonneuse meurtrière
L’humidité, le mine, tout entier

Les fourmis attaquent
Galeries, creux, bosses
Du tronc à l’écorce
Tour de Babel structurée

La fourmilière s’agite
Vermisseaux, larves et graines
Les travailleuses s’affairent
Butinent, agglutinent
Pour satisfaire leur reine

Un jour, un enfant
Passant par là
Intéressé par la structure de l’écorce
L’arracha

Les fourmis paniquent
Ne reconnaissent plus, leur univers
L’une grimpe au faîte d’une paille, inutilement
A droite, le vent souffle
Les galeries sont éventrées…
Un mille-pattes dérangé,
Se cavale, effrayé

A cette perturbation
Les fourmis réagissent
Organisons nous, chères sœurs !!!
Elles s’adaptent et reconstruisent.

Être présent

Je suis cette voiture qui passe
Je croise vos vies
Sans laisser de traces

Je ne suis pas de ceux qui suscitent l’ennui
Ni, de ceux que l’on jette à l’oubli

Absorber par le temps
Jusqu’à l’absence ;
Je peux être, à l’instant,
A l’écoute de vos tourments

Le dieu NPK

Un toubab habillé
Guérisseur se son état
En Afrique, vint se promener.

Il y fut témoin,
De meurtres, massacres, supplices
Et pour l’initier, de sacrifices.

Que faire des corps ?
Il les vit, transportés,
Emmaillotés, desséchés.

Les marabouts conseillaient
De ne pas s’en défaire
Le guérisseur dit, de les porter en terre
Pour en faire don, au dieu NPK.

Ophélie et la chouette

Ce matin, Ophélie est descendue au jardin
Dans la nuit, un esprit malin
Y avait déposé
De la rosée.

Elle a cueilli du houx
Qu’elle a mis dans sa brouette
Quatre petits hiboux
Ont suivi leur maman chouette

Pleine de chagrin
Ophélie est remontée
Du jardin
Toute mouillée

Retour à la vie, dans le Baugeois

Les paysans du coin, ont une gueule
De résistants de la dernière guerre
Dans leur costume du dimanche, étriqué

Les crins-crins résonnent dans le cœur des vieux
Quand la routine des en-avant deux
Fait de nouveau flamber leurs sabots.

Café, violon, mandoline, capeline et araire
C’est maintenant les gigues d’Irlande
Qui ouvrent les oreilles des jeunes paysannes.

Ils avaient transformé la cocarde de sainteté
En communes socialisées :
Saint Philbert du peuple, Cheviré le Rouge…

Mais les pins ont remplacé
Chênes et châtaigniers
Les vaches stabulent
Et les lapins granulent

Leur terre est piétinée
De tracteurs de cent chevaux
Les armées de Napoléon n’étaient rien
La terre est maintenant brulée
Par les technocrates champêtres

Des barbus, chevelus, marginaux
Ont envahi les lieux
Ils ambitionnent de faire revivre
Leur pays

Le retour à la terre
Qu’ils disent
Celle qu’ils ont, eux
Jamais quitté.

Combattre la poussière

Aujourd’hui, comme hier
Il faut combattre la poussière
Toute notre vie,
On essuie.

Des coups de pied
Des coups de gueule
On s’en prend, plein la gueule
De se sentir épiés.

Grâce au réconfort
On se sent fort
A-t-on tort ?

Face à la mort
De combattre la poussière
Aujourd’hui, comme hier.

Ou êtes-vous

Ou êtes-vous
Vous, que j’ai connu
Et que je n’ai pas revu.

Je vous ai écrit des mots suaves et tentateurs
Pourtant…
Est-ce la contrainte ou la peur
Qui m’a privé de vous ?

Mes yeux scrutateurs
Essaient de suivre vos lendemains
J’entends le bruit
De vos mélancolies.

Ou sont ces superbes élans d’espoir,
Ces fureurs de grand soir ?

Les majestés qui vous dirigent ont, sur vous, posé
Leur manteau de sécurité.
Sur vos destriers poussifs
Ne proférez aucun son plaintif !

Les grands chênes ne sont pas complaisants
Les oiseaux ne se laissent pas saisir, un instant
Soyez sourds
A mon discours
Je laisse à votre désarroi
Un doute, très étroit !

Longue route

Que le printemps, toute l’année
poursuive sa route
de saxophones amusés.

Que le brouillard et les arbres givrés
t’inspirent d’éclatants reflets,
de subtils accords béats
conjugués de mots-débats.

à destination de Gérard Delahaye (1978)
https://www.gerarddelahaye.fr/

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