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L’Education Sexuelle – Jean Marestan

Je m’apprêtais à faire du tri et à me débarrasser de vieux livres chinés ou hérités quand ma curiosité me fit feuilleter ce livre : L’Education Sexuelle écrit par Jean Marestan, édité en 1934.
Je m’attendais à quelque livre moralisateur, prônant l’hygiène et les bonnes mœurs…
Qu’elle ne fût pas ma surprise…

C’est tout d’abord des citations de Montaigne qui attirèrent mon regard et m’incitèrent à prolonger ma lecture :
« Qu’a donc fait aux hommes l’action génitale, si naturelle et si nécessaire, pour la proscrire et la fuir, pour n’oser en parler sans vergogne et pour l’exclure des conversations ? On prononce hardiment les mots tuer, voler, trahir, commettre un adultère, etc… et l’acte qui donne la vie à un être, on ose le prononcer !… O fausse chasteté ! honteuse hypocrisie ! »
« Ne sont-ils pas bien brûtes ceux qui nomment brutal l’acte qui leur a donné le jour ? »

Quelques extraits vous permettront de juger que ce livre était bien au contraire d’une modernité émancipatrice :

Peu après l’apparition de la puberté, les voluptés de l’amour deviennent pour l’appareil génital un besoin aussi pressant que les aliments pour l’estomac, et il n’y a que les gens atteints d’imperfection, d’atrophie ou d’absence des organes génitaux qui puissent rester, sans menace de troubles plus ou moins graves, strictement fidèles aux vœux de la continence absolue. (…)

C’est dans l’absurde et féroce loi de Moïse (opprobre jeté, sur les relations sexuelles légales, sur l’enfantement ou la femme la plus chaste est présentée, de par sa fonction procréatrice, comme un être de perdition…) qu’il faut chercher la genèse des sentiments d’horreur pour tout ce qui a trait à l’amour sexuel, sentiments dont s’inspirent, aujourd’hui encore, les moralistes officiels de la plupart des nations civilisées. (…)
Cet étrange code de morale né près de dix-huit cents ans avant Jésus-Christ, devait avoir sur le christianisme d’abord, sur le catholicisme ensuite, et sur les coutumes des sociétés qui leur furent soumises, une répercussion profonde. (…)
Ainsi la tradition veut que Jésus reçût le jour d’une vierge qui avait obstinément refusé les caresses de son époux, et qui conçut sans étreinte, fécondée par l’Esprit Saint. On ne pouvait admettre que le Fils de l’Homme n’eût pas de mère ; on ne pouvait pas plus reconnaître qu’il fût né, comme le commun des mortels, des suites d’un acte jugé impur. Mais c’était nettement glorifier la virginité aux dépens de la maternité et montrer même au sein du mariage religieux, la consommation des épousailles comme une souillure. (…)

Aussi est-il souverainement injuste de faire honte aux individus, particulièrement aux femmes comme c’est la coutume, d’avoir des passions sexuelles fortes, et de les soumettre pour cela à la réprobation. (…)
Le degré de civilisation des peuples se mesure à l’importance et au respect accordés à la femme dans la vie publique. Il appartient à la société de proclamer l’égalité entière des sexes. (…)
S’il est un droit imprescriptible, c’est celui de disposer entièrement de soi. (…)

Mes recherches sur ce livre et son auteur m’apprirent que la première édition de ce livre eut lieu en 1910…

Mais qui était donc ce Jean Marestan ?

1905

Jean Marestan, de son vrai nom Gaston Havard, né le 5 mai 1874 à Liège (Belgique), mort le 31 mai 1951 à Marseille (Bouches-du-Rhône), aurait été le fils naturel d’un médecin belge ; la famille de sa mère, une Française musicienne et peintre, s’était exilée après la guerre franco-allemande.
Des revers de fortune l’obligèrent à interrompre des études médicales et il vint à Paris, attiré par les lettres. Il s’installa sur la Butte Montmartre et fréquenta les ateliers de peintres, les milieux artistiques et connut les littérateurs d’avant-garde.

Il adhéra très vite au mouvement anarchiste : on trouve son nom dans les carnets de Sébastien Faure en 1894. Il compta parmi les premiers rédacteurs du Libertaire, fondé en février 1895 par Sébastien Faure et Louise Michel.
Plus tard, il collabora aussi à L’anarchie (n° 1, 13 avril 1905). En 1906, il s’élèvera contre « l’espèce d’auréole dont les révolutionnaires, d’esprit plus romanesque que positif, avaient paré la silhouette du trimardeur et de l’assassin » (L’anarchie, 1er novembre 1906).

Marestan fut attiré un moment par les milieux magnético-spirites. C’est à cette occasion qu’il se découvrit des talents de guérisseur, qu’il exerça ensuite pendant longtemps. Il publia en 1901 à Paris une plaquette éditée par la Société des journaux spiritualistes réunis, Le Merveilleux et l’Homme coupé en morceaux.

Il s’installa à Marseille en 1903, 10 boulevard Philippon, et anima le groupe de jeunes sympathisants libertaires Les Précurseurs. Dès cette époque, il commença à se faire connaître comme conférencier. Les problèmes sexuels l’intéressaient avant tout et il se joignit bientôt au groupe des néo-malthusiens, apportant son concours à Génération consciente fondée en 1908 par Eugène Humbert.

En 1910, Jean Marestan publiait aux éditions de La Guerre sociale son livre L’Éducation sexuelle qui obtint un réel succès, fut traduit en cinq langues et réédité plusieurs fois en France.

À Marseille, l’activité de Jean Marestan fut grande et il devint vice-président de la section des Bouches-du-Rhône de la Ligue des Droits de l’Homme et président d’honneur de la Libre Pensée.
De 1912 à 1913 notamment, il parcourut la France entière, donnant des conférences sur l’éducation sexuelle et le problème des familles nombreuses. Parallèlement, il se dépensait en faveur du mouvement antimilitariste et contre les bagnes militaires qu’il avait eu l’occasion d’approcher au cours d’une enquête en Algérie.

En 1914, il fut mobilisé dès le début des hostilités au 42e régiment d’infanterie à Carqueiranne dans le Var puis au 112e régiment d’infanterie, enfin muté dans le service sanitaire et affecté comme infirmier à l’Hôtel-Dieu à Paris.

Après la guerre, Marestan fit de nombreuses conférences dans la région marseillaise et prit part à diverses campagnes de solidarité. Il parla notamment « Pour l’amnistie intégrale, contre la guerre » en mai 1924 et sur « Éducation sexuelle intégrale, liberté sexuelle et amour libre » en janvier 1927 et fit des causeries sur la libre pensée, le communisme, le soutien aux victimes de la répression en Espagne.

Une réédition de son livre sur l’éducation sexuelle lui valut en 1920 un contrôle durable de la police, bien qu’il ait proposé de le retirer de la vente et d’en faire une nouvelle version qui n’enfreindrait pas la loi.

Il fut initié à la franc-maçonnerie et fréquenta la loge La Parfaite Union de Marseille.
Marestan, qui ne fut, « à aucune époque, un orthodoxe de l’anarchisme, éprouva certaines sympathies pour l’URSS. En 1936, après un voyage en URSS, il tenait « pour profondément injuste » de ne pas faire de distinction entre les régimes fascistes d’Italie et d’Allemagne et celui de « l’actuelle Russie rouge, alors même que cette dernière n’aurait pas évolué dans un sens absolument conforme à celui de nos espérances »

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Marestan s’occupa d’insoumission et de résistance. Il fut arrêté le 26 février 1943 et resta emprisonné une centaine de jours à la prison Saint-Pierre de Marseille. Après la Libération, il maintint des rapports étroits avec les milieux anarchistes. En 1949, il effectua, sous l’égide de la Fédération anarchiste, une série de conférences sur « l’Éducation sexuelle », à Clermont-Ferrand, Saint-Étienne et Roanne.

Les publications de Jean Marestan

Le Merveilleux et l’homme coupé en morceaux, Société des journaux spiritualistes réunis, 1901, 64p.
Le Mariage, l’Amour Libre et la Libre Maternité, Éditions de Génération consciente, 1911.
L’Éducation sexuelle, Paris, La Guerre Sociale, 1910.
Biribi d’hier et d’aujourd’hui, Marseille, Éditions rationalistes, s. d. (vers 1913)
Le Mariage, le divorce et l’union libre (1927)
L’Émancipation sexuelle en URSS : impressions de voyages et documents (1936)
L’Impudicité religieuse (vers 1934-1939)
Nora ou la Cité interdite (Provencia, 1950)

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Une reconstitution de l'inhumation de la fillette dans la grotte d'Arma Veirana

Ornements et porte-bébé : les révélations de la plus ancienne tombe de nourrisson de sexe féminin jamais retrouvée

 Marine Benoit le 19.10.2022 à 09h14 

La sépulture d’un bébé âgé de quelques semaines seulement révèle qu’au Mésolithique, il y a environ dix millénaires, les plus petits, garçons ou filles, étaient traités avec soin et enterrés avec des ornements transmis sur plusieurs générations.

Une reconstitution de l'inhumation de la fillette dans la grotte d'Arma Veirana
Une reconstitution de l’inhumation de la fillette dans la grotte d’Arma Veirana, au nord de l’Italie.
MAURO CUTRONA

La sépulture est émouvante, tant pour sa rareté que pour ce qu’elle nous dit des hommes et des femmes qui peuplaient cette région de l’Europe il y a environ 10.000 ans. Découverte en 2017 dans une grotte d’Arma Veirana, en Ligurie (Italie), elle contenait les restes d’un nourrisson, une petite fille, âgée d’un mois et demi environ et surnommée Neve par les chercheurs. Analysés finement par une équipe de d’archéologues et d’anthropologues de l’Université de Montréal, les minuscules ossements, tout comme les coquillages perforés qui les accompagnaient, ont pu livrer, cinq ans après avoir été sortis de terre, des informations inédites sur le soin apporté à l’inhumation des bébés à la fin du Mésolithique, et sur la symbolique des ornements destinés à les accompagner dans l’au-delà. Ces travaux ont fait l’objet d’une publication dans le Journal of Archaeological Method and Theory, le 30 août 2022.

Des coquillages cousus sur une écharpe de portage

Si les tombes d’enfants au Mésolithique sont relativement exceptionnelles, celles de nourrissons se comptent sur les doigts de la main. Aussi la façon dont les plus jeunes étaient parés et enterrés par leurs aînés, révélatrice de la place qui leur était accordée dans ces sociétés préhistoriques de leur vivant, reste nimbée de zones d’ombre. Ces dernières années pourtant, le développement de nouvelles technologies a permis d’éclairer d’un jour nouveau des sépultures à ornements déjà recensées et étudiées par les archéologues, comme celle de Neve. « Grâce à la photogrammétrie, nous avons pu créer un modèle 3D du petit squelette – aussi fragile que du beurre – et en apprendre davantage sur lui », explique à Sciences et Avenir Claudine Gravel-Miguel, archéologue affiliée à l’Université d’Arizona et chercheuse invitée dans le laboratoire d’anthropologie de l’Université de Montréal. « Nous avons notamment pu déterminer la position des perles faites de coquillages Columbella rustica – préférés au Mésolithique – et émettre notre hypothèse sur la façon dont elles étaient disposées sur le nourrisson. » 

Les quatre pendentifs plus grands.  Crédit : Université de Montréal
Les petits coquillages répertoriés en fonction de leur emplacement au niveau du squelette.
Crédits : C. Gravel-Miguel / Université de Montréal

Il est apparu que les coquillages devaient être cousus sur une écharpe, probablement faite de cuir, qui enveloppait le corps du bébé à la manière d’un lange. « En archéothanatologie, la position de certaines connexions osseuses peut être utilisée pour évaluer si un corps a été enveloppé, et c’est le cas ici », assure la chercheuse. Claudine Gravel-Miguel et son équipe poussent l’hypothèse un peu plus loin : du vivant de l’enfant, ce même lange pourrait avoir servi d’écharpe de portage, ou « porte-bébé ». En effet, des recherches récentes suggèrent que le besoin de porter les nourrissons pourrait être apparu dès que les homininés sont devenus bipèdes (résidus de peau et de tissu interprétés dans ce sens, peintures rupestres figurant des scènes de portage…). « Il s’agissait pour les parents de garder leur enfant près d’eux tout en permettant leur mobilité, comme on le voit dans certains groupes de fourrageurs modernes », affirme Claudine Gravel-Miguel. « Il ne serait pas incohérent de faire remonter cette pratique encore un peu plus loin dans le temps, même si nous ne pouvons dépasser le stade de la spéculation sur la façon dont l’écharpe enveloppant ici le nouveau-né était utilisée. »

Une fonction magique ?

L’écharpe présentait plus de 70 petits Columbella rustica et quatre gros pendentifs bivalves perforés, d’environ quatre centimètres de longueur, encore jamais observés sur d’autres sites préhistoriques. Pour les chercheurs, cette taille imposante renforce considérablement l’hypothèse d’une écharpe ornée, les coquillages ne pouvant être utilisés comme des bijoux sur un si petit enfant. Fixés à l’écharpe, ils auraient plutôt créé du bruit – un doux cliquetis – qui pourrait avoir eu une fonction particulière. De là à parler de bruit destiné à l’éveil du bébé ? « Ce n’est pas exclu », répond Claudine Gravel-Miguel, « mais impossible là encore à affirmer ».

 Crédit : Université de Montréal
Une reconstitution de la sépulture. Crédits : C. Gravel-Miguel / Université de Montréal

Par ailleurs, la plupart des perles présentaient les marques d’une usure résultant d’une utilisation « sur une période considérable », équivalente à plusieurs générations. « Compte tenu de l’effort qu’il fallut pour créer et préserver ces perles au fil du temps, il est intéressant de constater que la communauté a décidé de s’en séparer lors de l’enterrement d’un si jeune individu », fait remarquer l’experte, qui propose deux explications possibles : les ornements ont pu constituer l’héritage du petit être parti précocement, marquant ainsi sa valeur aux yeux de la communauté, ou incarner une forme de protection contre des forces négatives. Ayant échoué à leur fonction, ils auraient ainsi été enterrés avec le corps plutôt que réutilisés. « Nous avons en tout cas observé au sein de populations de chasseurs-cueilleurs modernes ce rôle de ‘repoussoir de forces négatives’ attribué à certains ornements. »

Des indices précieux sur la place des filles

La petite tombe en dit en tout cas long sur la place accordée aux nouveaux-nés, membres les plus fragiles des populations en des temps où les soins médicaux étaient quasi inexistants et les dangers de la vie nomade constants. « La tombe de Neve est la première à présenter autant d’ornements. Elle démontre clairement que les femmes – et surtout les petites filles – étaient importantes au sein des communautés du Mésolithique. » Nous pouvions en effet encore en douter : les plus anciennes tombes de bébés répertoriées (et permettant de déterminer le sexe du défunt) avaient jusqu’ici toutes été attribuées à des individus de sexe masculin. Celle de Neve est enfin venue faire exception, prouvant que les petites filles étaient inhumées avec le même égard que les petits garçons.

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Les généalogistes vus par les sociologues – Stéphane Cosson  

Stéphane Cosson est généalogiste professionnel depuis l’an 2000. Il exerce essentiellement sur la région Occitanie. Il dispense des cours à l’Université de Nîmes dans le cadre du DU « Généalogie et Histoire des familles ».

La généalogie est la science qui a pour objet la recherche de l’origine et l’étude de la composition des familles. Une généalogie ? La liste des membres d’une famille établissant une filiation. Que vous cherchiez à établir vos ascendances ou les liens qui vous unissent à vos lointains cousins, vous êtes généalogiste.

Une généalogie, c’est remonter de génération en génération si vous la faites ascendante. C’est en même temps remonter la mémoire familiale. Génération, mémoire familiale sont des notions qui ont intéressé les sociologues dès 1925, bien avant que la généalogie ne devienne un fait de société.

Génération et mémoire familiale

Une génération au départ c’est la reproduction de l’espèce humaine. Mais ce n’est heureusement pas que cela. Entre chaque génération, il y a aussi une dimension symbolique : transmettre un statut, des biens…C’est aussi transmettre la mémoire.

Mémoire ou mémoires ? La question n’est pas anodine. Il existe en effet plusieurs mémoires. Celle qui a intéressée en priorité les sociologues est la mémoire de la famille en milieu urbain. Une étude a ainsi été menée en 1956 auprès d’un groupe de migrants d’origine italienne disséminé dans Londres et, en même temps, auprès d’ouvriers habitant le sud de Londres.

Les sociologues furent surpris des résultats. Les uns comme les autres connaissaient de nombreuses personnes de leur parenté, étant inclus les parents morts, les consanguins et les alliés.

Deuxième surprise dans les résultats : la mémoire des parents morts était sélective. Ils pouvaient se souvenir de liens lointains parce que cet apparentement pouvait être flatteur mais pas forcément de liens proches si les rapports familiaux avaient été conflictuels. La mémoire familiale pouvait être sélective.

En même temps, les personnes interrogées étaient plus dans une généalogie horizontale que dans une généalogie verticale. Autrement dit, il est plus simple de se souvenir des parents qui vivent en même temps que nous que de ceux qui ont vécu avant nous. Si on part de soi, la plupart du temps, on se souvient des deux générations qui nous ont précédées et des deux qui nous suivent.

Troisième surprise : le pivot. La personne qui en connaît beaucoup plus que les autres, celle à qui ont fait systématiquement appel quand on oublie les liens de parenté car elle, elle les connaît.

Les sociologues se sont donc trouvés devant la mémoire d’un groupe familial plutôt que devant la mémoire d’un individu. Et derrière, il y a bien sûr l’histoire familiale qui suit.

Les supports de la mémoire

La mémoire, elle ne vient pas comme cela, ex nihilo. Elle ne flotte pas dans le vide, attendant qu’on la sollicite. La mémoire, ce n’est pas le système solaire avec des planètes isolées les unes des autres. La mémoire, elle est formée de ponts. C’est un vaste réseau de ponts qui servent de supports, sur lesquels on peut marcher sans avoir peur.

Ces ponts, ces supports, quels sont-ils ? Vous pouvez en priorité trouver la maison, celle qu’on a pu se transmettre pendant plusieurs générations.

Ce peut aussi être des objets, des meubles, des bibelots : le châle préféré de la grand-mère, l’armoire qui vient de la mère de la grand-mère de la grand-mère et qui est toujours là, un peu branlante vu son âge vénérable mais encore solide, ce canapé acheté en même temps qu’une naissance. Bref, des objets que l’on s’approprie, qui se différencient les uns des autres, même quand ils ont été fabriqués en série, car ils ont chacun une histoire différente.

La mémoire, elle s’accroche à ces objets. Elle a des repères pour revenir. Chacun de ces objets est une madeleine de Proust : Une simple odeur et la mémoire jaillit. Des objets, des meubles, des bibelots : bref, pas des produits de consommation courante mais de ceux qui ont une longue durée de vie, de ceux que l’on peut transmettre, en sautant parfois une génération. On ne garde pas un ordinateur ou une voiture pour les transmettre aux petits-enfants mais on garde des meubles.

Lors de son enquête sur Minot, Françoise Zonabend a ainsi rencontré une femme qui pouvait retracer toute sa parentèle rien qu’à travers un buffet, une armoire et une cafetière. Trois objets, seulement trois objets et des centaines de personnes qui apparaissent d’un coup.

Mais en même temps, hériter peut ne pas être simple. Anne Gotman, en 1989, a écrit : « L’héritage est un travail de deuil, de séparation symbolique des vivants d’avec les morts, et aussi un travail de succession entre générations, l’ultime étape de la résolution de leurs anciens rapports. »

Un objet peut donc être chéri ou détesté, tout comme la personne qui l’a transmis. On va choisir ce qui va procurer du plaisir, ce qu’on va avoir envie de transmettre à notre tour. C’est aussi cela la mémoire.

Les généalogistes vu pas les sociologues

Pour un sociologue, la généalogie, c’est en premier lieu une construction. On choisit ses ancêtres, ceux avec qui on a envie de s’identifier. Vous n’avez jamais fait cette expérience ? Allons donc ! Par qui avez-vous commencé vos recherches ? Et pourquoi eux d’abord ? Qu’est-ce qu’ils vous rappelaient de souvenirs heureux ? Quels sont les ancêtres qui vous intéressent le plus ?

Combien de fois, en tant que généalogiste professionnel, j’ai entendu dire mes clients : « On va commencer par eux. Les autres, on verra en suivant. Mais cette branche en premier lieu ! ».

Je l’ai dit au début : dans l’histoire familiale, il y a le pivot. Celui qui connaît les relations disparates, celui que l’on vient interroger. Et si, à travers vos recherches généalogiques, vous désiriez être tout simplement le nouveau pivot, pas celui qui connaît forcément les liens horizontaux mais celui qui peut rappeler les liens oubliés, les liens verticaux ?

Et si, à travers les recherches généalogiques, c’est aussi une petite part de vous-mêmes que vous recherchiez ? Si vous reconstruisiez différemment votre histoire familiale ?

Et si vous vouliez aussi établir l’ancienneté de votre lignée ? « Des Coutouly, j’en connais depuis 1337 sur ce lieu ! C’est dire ! » 1337, presque aussi vieux que certaines familles nobles. Et pourtant il ne s’agit que d’une famille roturière. Comme quoi, il n’y a pas que les nobles que l’on peut remonter loin !

Tous, nous avons trouvé peu ou prou un implexe : des cousins lointains se mariant entre eux, des ancêtres portant plusieurs numéros Soza-Stradonitz. Qui ne s’est pas amusé à compter les générations séparant le couple de l’implexe de leur ancêtre commun ? Qui n’a pas recherché une dispense de parenté en série G aux Archives Départementales ? Qui ne s’est pas extasié devant ces dispenses en latin au milieu des registres paroissiaux, à essayer de lire les noms des parties ?

Faire sa généalogie, n’est-ce pas aussi la vivre au quotidien, dans l’espace domestique : à la place des multiples objets que peuvent posséder les familles aristocratiques prouvant la présence des ancêtres, vous avez les classeurs, les arbres qui prennent de la place, les prises de notes, l’ordinateur réservé à cela qui trône parfois. Dans les deux cas, le sentiment de la filiation demeure, entretenu par un va-et-vient permanent entre les traces matérielles du passé et la transmission orale.

Mais en même temps, les sociologues ont cerné chez les généalogistes une population à la mémoire cassée. Il faut attendre la deuxième moitié des années 1970 pour voir le souci généalogique cesser d’appartenir aux aristocraties du sang et de la terre et envahir la France. Deuxième moitié des années 1970 : la date n’est pas anodine. Elle a été étudiée par les sociologues. Pourquoi ce moment-là en particulier ?

Trois hypothèses répondent selon eux à trois types de désirs généalogiques :
1- Le premier correspond aux zones de fort exode rural depuis le milieu du 19e siècle et constitue pour les émigrés et leurs lointains descendants une forme de retour archivistique au pays. Sauf que certaines grandes terres d’émigration ne correspondent pas à ce schéma et il faudrait étudier alors localement le pourquoi de cela.
2- Le deuxième relève des drames de l’histoire et des défaites militaires de la France. La généalogie servirait ici à apaiser une certaine inquiétude de la nationalité, en « calant » dans la verticalité de l’histoire des identités familiales capables de transcender le trop mouvant dessin des frontières depuis 1870.
3- La troisième hypothèse serait que la généalogie vient panser les blessures de la crise économique du deuxième quart du 20e siècle dans la France anciennement industrielle.

La généalogie est de ce fait bien autre chose qu’un loisir, une thérapie inconsciente à l’encontre des pertes et deuils de l’histoire individuelle ou collective. L’essor de la généalogie se situe au moment de la grande crise économique du dernier quart du 20e siècle, après la « révolution » de mai 1968 où sont apparues d’autres aspirations philosophiques de la vie.

La fonction première de cette nouvelle généalogie paraît être le retour à la terre nourricière. Une autre fonction pourrait être de permettre la réalisation d’un travail de recollement, de pardon suite à l’éclatement de la famille, au manque de repères, une « psychanalyse des pauvres et des modestes » selon Martine Ségalen, André Burguière et Philippe Lejeune.

Qu’en sera-t-il de la transmission de cette mémoire patiemment mise à jour ? Certains de mes clients se demandent déjà à qui la donner, les enfants n’étant pas intéressés. Je leur conseille alors de prendre contact avec le service des Archives Départementales. Ils n’y auront pas passé des heures et des heures pour rien. D’autres pourront connaître leur travail après eux.

Est-ce aussi pour cela que les généalogistes transmettent leurs arbres à différentes sociétés comme Ancestry ? Sans doute aussi. Une fois sur la Toile, cela ne pourra s’oublier.

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Aux origines des langues et du langage

Aux origines des langues et du langage
Jean-Marie Hombert, Gabriel Bergounioux, Jean-Pierre Bocquet-Appel, Christophe Coupé

Lorsqu’en 1866 les vénérables membres de la Société linguistique de Paris décidèrent d’exclure de leurs débats la problématique de l’origine du langage, nul n’aurait pu prévoir que cette question allait susciter tant de passions plus d’un siècle plus tard. Aujourd’hui, les linguistes mais aussi les anthropologues, les psychologues, les archéologues, les neurologues et les généticiens croisent leurs regards et parfois leurs fers, éclairant d’un jour nouveau cette interrogation ancienne. D’où vient le langage, cette faculté qui fait l’homme et nous distingue du règne animal ? Quels sont les mécanismes qui la sous-tendent et quelle est sa finalité ? Quel fut, parmi les premiers hommes, celui qui énonça le premier mot ? Par quel miracle la parole vient-elle à nos enfants ? Au-delà de la problématique du langage, c’est celle des langues d’aujourd’hui qui est abordée. Comment en est-on arrivé aux 6 000 langues actuellement parlées à travers le monde ? Pourquoi près de la moitié d’entre elles sont-elles en voie d’extinction ? Quel processus complexe a donné naissance aux créoles, les langues naturelles dont l’émergence est la plus récente ? A la lumière des dernières découvertes et des derniers travaux, cet ouvrage tente à son tour de répondre à ces différentes préoccupations. A travers les tentatives de reconstruction d’un protolangage, la quête lancinante de notre langue mère ou celle, utopique, de la langue parfaite, il poursuit une exploration débutée avec la publication des Origines de l’humanité. Celle de l’homme, de son mystère, de son essence.

L’origine des langues : Sur les traces de la langue mère Merritt Ruhlen

Voici le livre, longtemps demeuré introuvable en France, par qui le scandale est advenu. S’ils s’accordent sur l’existence de plusieurs grandes familles de langues à travers le monde, les linguistes se disputent sur l’existence d’une quelconque parenté entre ces dernières. Ainsi, les langues d’Europe, membres de la famille indo-européenne, n’auraient aucun lien avec les autres. Merritt Ruhlen démontre le contraire : les langues actuellement parlées sur terre descendent toutes d’une seule « langue mère », qu’il reconstitue. Son hypothèse, parfaitement compatible avec les arguments fournis par l’archéologie et la génétique des populations en faveur de l’origine unique et africaine de l’homme, pose que l’expansion des langues a suivi l’évolution d’Homo sapiens à travers les âges et la planète. Depuis sa parution, cet ouvrage est au centre des débats entre linguistes, généticiens, archéologues : la similitude de certains mots, tel « mère », dans toutes les langues s’explique-t-elle par des dispositions cognitives communes à l’espèce ou bien par l’existence d’une langue première ? Dans un long épilogue à l’édition française, Ruhlen répond à ses critiques et conforte sa démonstration.

Atlas des langues : L’origine et le développement des langues dans le mondeBernard Comrie, Stephen Matthews, Maria Polinsky

L’Atlas des langues est un ouvrage de référence, clair et facile à consulter, qui dresse un panorama captivant des langues du monde par régions géographiques. Richement illustré de photographies, cartes et tableaux, il vous permettra de découvrir et de comprendre les origines et le développement de ce système de communication exceptionnel qu’est le langage humain. Conçue et écrite par des spécialistes internationaux, cette somme apporte un éclairage exceptionnellement documenté sur la formidable aventure du langage parlé et écrit. L’étude des familles de langues, de leur répartition, de leur propagation et, dans certains cas, de leur déclin est illustrée de nombreuses cartes en couleurs, présentant la géographie des langues, de leur origine, il y a environ 100 000 ans, à nos jours. Les 5 000 ans d’histoire des systèmes d’écriture sont également étudiés et explicités par des exemples concrets et
des documents iconographiques retraçant leur évolution. À la croisée des connaissances linguistiques, archéologiques, historiques, culturelles et politiques, cet Atlas des langues apporte une connaissance approfondie du langage, cette exception humaine, complexe et fascinante.

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La sommation respectueuse : une procédure juridique pour, obtenir ou passer outre, le consentement des parents afin de pouvoir se marier

L’âge de la majorité : élément déterminant pour pouvoir se marier

Trois types de « majorité » sont à prendre en compte pour pouvoir se marier ou pour être considéré juridiquement comme civilement capable et responsable :

  • L’âge nubile : âge exigé par la loi pour qu’un individu puisse contracter mariage.
  • La majorité matrimoniale : âge au-dessus duquel le consentement des parents n’est plus exigé, par la loi, pour se marier.
  • La majorité civile : âge à atteindre pour être considéré juridiquement comme civilement capable et responsable.

Évolution de l’âge de la majorité en France

La sommation respectueuse : une procédure introduite pour se marier avec ou sans le consentement des parents

Par l’ordonnance royale de Blois promulguée en 1579, la majorité civile est fixée à 25 ans pour les deux sexes et la majorité matrimoniale est à 25 ans pour les filles et 30 ans pour les garçons.
Les enfants de moins de 25 ans étaient obligés d’obtenir le consentement de leurs parents pour se marier, les majeurs devaient « demander leur conseil », mais en cas de refus ils pouvaient passer outre.
Cette ordonnance précisait que tout curé qui célébrait un mariage sans le consentement des familles des futurs époux pouvait être puni pour le crime de rapt, ayant consacré une union « clandestine ».
Une déclaration de 1639 privait de leurs droits successoraux les enfants qui s’étaient unis par un tel mariage.

En 1692 est introduite la possibilité de « sommations respectueuses ».
Cela consistait à recourir à un notaire, qui se déplaçait à domicile, pour adresser une « sommation respectueuse » aux parents. Il fallait y recourir par trois fois, espacées d’un mois. Si les parents continuaient à s’opposer au mariage après le 3ème refus le mariage pouvait être célébré en passant outre, après qu’un Tribunal se fut prononcé sur le cas.

Durant ce laps de temps les parents espéraient voir leur enfant réfléchir et renoncer en se rangeant à leur avis. Cela était censé éviter un mariage précipité. Cela évitait également (principalement ?) d’avoir à verser une dot à la fille ou à procéder à un partage de biens quand on n’y était pas prêt.

Avec le code Napoléon en 1804, les enfants sont toujours obligés d’obtenir le consentement parental s’ils n’ont pas la majorité matrimoniale, fixée à 25 ans pour les garçons et 21 ans pour les filles.

A partir de 1896 au lieu de 3 sommations respectueuses une seule était nécessaire.

La loi du 21 juin 1907 remplaça cette procédure par une simple notification de projet de mariage.
Le 2 février 1933 une nouvelle loi fit disparaître cette obligation pour les enfants ayant atteint la majorité matrimoniale.
La dernière disposition fixant la majorité à 18 ans pour les garçons et les filles par la loi du 5 juillet 1974 leur permet de se marier librement.

A quel âge se mariait on ?

Prenons pour exemple, l’âge de l’épouse lors du mariage, d’une généalogie d’une famille des Mauges entre 1750 et 1800 :

Sur les 77 femmes prises en compte pour l’analyse statistique, 41 ont moins de 25 ans soit 53%. Ce qui explique que dans de très nombreux actes de mariages, il est indiqué : « fille mineure de… ». De même pour les garçons ou il est indiqué : « fils mineur de… ».

Où trouver des sommations respectueuses ?

Les sommations respectueuses restent rares, les jeunes gens acceptant généralement les décisions de leurs parents, surtout en matière matrimoniale. On en trouve toutefois en sous-série E (archives notariales). Elles ne sont, pratiquement jamais, mentionnées dans les actes de mariage. On peut soupçonner leur existence si les parents vivants d’une personne majeure ne sont pas présents dans l’acte de mariage.    

L’étude du notaire qui les détient se trouve nécessairement dans la même ville ou dans l’étude notariale la plus proche du domicile des parents récalcitrants. Comme le mariage a lieu dès les formalités d’actes respectueux puis de publication des bans accomplies, il faut rechercher la sommation dans les répertoires ou les minutes du notaire de la ville dans les trois mois précédant le mariage.

On peut également s’appuyer sur les tables de l’Enregistrement (série C ou sous-série 3 Q) suivant le type d’actes recherchés : table des vendeurs, acquéreurs, contrats de mariage, testaments, etc… ou sur les répertoires des notaires (sous-série 5 E) pour les Archives du Département de Maine-et-Loire.

En exemple : une sommation respectueuse qui se conclut par l’obtention du consentement des parents dès la première présentation : Coron 1805

Alors qu’il projette de se marier, Michel-Victor Chabosseau, bien qu’il soit juridiquement majeur, ne souhaite pas déroger à la coutume, il entend obtenir conseil et consentement de ses parents.
Mais, ses parents, principalement son père, restent sur leur position et font savoir leur opposition à ce mariage à chaque fois que leur fils vient les voir et leur demander de consentir à ce mariage.

Le 27 Floréal an XIII (17 mai 1805) Michel-Victor demande au notaire de Coron, Maître Patou d’adresser une sommation respectueuse à ses parents pour obtenir leurs consentements à son mariage avec Marie Chéné :

Sommation respectueuse par Michel-Victor CHABOSSEAU à Michel CHABOSSEAU et Jeanne BRUNET, ses père et mère
Le 27 Floréal an XIII
Napoléon 1er par la grâce de Dieu et la constitution de l’Etat Empereur des Français et roi d’Italie à tous présentant avenir salut et avenir faisons que
Devant nous Pierre Patou notaire public résident à Coron arrondissement de Saumur Département de Maine et Loire soussigné et en présence des témoins ci-après nommés
A comparu Michel-Victor Chabosseau garçon majeur âgé de 25 ans accomplis du 29 germinal dernier an XIII demeurant présentement au moulin de la Thibaudière commune de La Plaine
Issu du légitime mariage de Michel Chabosseau avec Jeanne Brunet, ses père et mère demeurant à la Petite Chèvrie commune de Coron
Lequel nous a dit que désirant depuis très longtemps se marier légalement avec Marie Chéné fille majeure demeurant avec sa mère aux Bousselières commune de La Plaine, fille probe, laborieuse, ayant de bonnes mœurs et tenant une conduite rangée et régulière qui lui a fait mériter l’estime des honnêtes gens

Et avoir plusieurs fois sollicité avec un profond respect lesdits Michel Chabosseau et Jeanne Brunet, ses père et mère de vouloir bien consentir à se qu’il épousa la dite Marie Chéné sans pouvoir obtenir leur consentement
Pourquoi désirant faire constater sa soumission et son respect envers ses dits père et mère
Acte conforme à l’article 252 arrêté le 21 ventôse de l’an XII additionnel à la loi du 26 ventôse de l’an XI il nous requiert de vouloir bien nous transporter à la métairie de la Petite Chèvrie commune de Coron au domicile de ses susdits père et mère pour leur notifier qu’il désirait instamment obtenir leur consentement pour le mariage qu’il voulait contracter avec la dite Marie Chéné et pour leur dire qu’il les suppliait très respectueusement par notre organe et notre ministère de vouloir bien donner leur adhésion
en conséquence de cette réquisition nous notaire susdit et soussigné accompagné des citoyens Nicolas David et Joseph Dominique Marie Vallée demeurant tous les deux commune de Coron
ou étant arrivés et ayant trouvés les dits Michel Chabosseau et Jeanne Brunet, sa femme nous leur avons dit que leur fils Michel-Victor Chabosseau nous mande ce jourd’hui auprès d’eux par notre organe et ministère sa supplication respectueuse qu’il leur avait fait verbalement  plusieurs fois avant  ce jour et qu’il les priait et suppliait d’abandonner, par la présente de vouloir bien consentir à son mariage avec la dite Marie Chéné  en qui il a mis depuis très longtemps son amitié et qui est un parti qui lui convient
lesquels nous ont dit savoir
la dite Jeanne Brunet, sa mère que puisque Michel-Victor Chabosseau son fils paraissait absolument décidé à se marier avec la dite Marie Chéné, elle ne voulait pas plus longtemps le contrarier en refusant son consentement  pourquoi elle déclarait par la présente consentir à ce mariage
et le dit Michel Chabosseau père qui jusqu’à ce moment avait refusé son consentement à ce mariage dans l’espérance que son fils pourrait changer de sentiment et de décision  mais que voyant qu’il persévérait toujours et qu’étant majeur de 25 ans il employait envers lui le moyen que lui fournit et procure la loi pour parvenir à terminer le mariage
il déclarait par la présente consentir à ce que son fils Michel-Victor Chabosseau se maria avec la dite Marie Chéné aussitôt qu’il le voudra et qu’il le dispensait de lui faire d’autre sommation respectueuse afin d’éviter les frais
De tout ce que nous avons dit le présent acte pour valoir au dit Michel-Victor Chabosseau fils ce que de droit et de raison
Fait et passé à la métairie de la Petite Chèvrie commune de Coron le 27 Floréal An XIII en présence
 des citoyens Nicolas David et Joseph Dominique Marie Vallée témoins et lecture faite les parties ont déclarer ne savoir signer
Mandons et ordonnons à tout huissier de justice de mettre la présente à exécution
A tout officier civil de la force de prêter forte quand ils se seront légalement requis
Et à tout procureurs impériaux près des tribunaux
La minute des présentes est signée David, Vallée et nous Patou notaire soussigné
Enregistré à Vihiers le 1er prairial de l’An XIII
Reçu 1 franc dix centimes
Signé Baranger pour le receveur général » (1)

Par cet acte, Michel-Victor a, enfin, obtenu les consentements de ses deux parents et le 28 mai 1805 (8 Prairial An XIII) il se marie avec Marie Chéné à La Plaine, Département de Maine et Loire :

Du 8ème jour du mois de Prairial An XIII de la république française sur les 6h du matin
Acte de mariage de Michel-Victor Chabosseau meunier âgé de 25 ans né commune de Coron, Département de Maine et Loire ,demeurant en cette commune, fils de Michel Chabosseau cultivateur demeurant commune de Coron, Département de Maine et Loire et de Jeanne Brunet tout les deux consentant d’après la sommation respectueuse à eux notifier par le citoyen PATOU, notaire à Coron le 27 Floréal dernier en présence des citoyens Nicolas David et Joseph Dominique Marie Vallée enregistrée en ce lieu le 1er de ce mois
Et Marie Chéné âgée de 22 ans née et domiciliée en cette commune, Département de Maine et Loire, fille du défunt Germain Chéné, menuisier de son vivant demeurant en cette commune, Département de Maine et Loire et de Marie Egremond ici présente, ses père et mère
Ses actes préliminaires sont extraits des registres des publications de mariage faites à la mairie le 15 et le 22 Floréal. Ses actes préliminaires sont extraits des registres des publications de mariage faites à la mairie le 15 et le 22 Floréal dernier entre
Michel-Victor Chabosseau, meunier âgé de 25 ans, né commune de Coron, Département de Maine et Loire demeurant en cette commune, fils de Michel Chabosseau cultivateur demeurant commune de Coron, Département de Maine et Loire et de Jeanne Brunet, ses père et mère
Et Marie Chéné âgée de 22 ans née et domiciliée en cette commune Département de Maine et Loire fille du défunt Germain Chéné menuisier de son vivant demeurant en cette commune Département de Maine et Loire et de Marie Egremond ici présente, ses père et mère
Et affichés au terme de la loi le 15 et le 22 Floréal dernier
De tout informé, de tout les quatre actes, il a été donné lecture par moi officier public au terme de la loi les dits époux présent ont déclaré prendre en mariage
L’un Marie Chéné, L’autre Michel-Victor Chabosseau
En présence de
Pierre Froger tisserand âgé de 69 ans demeurant en cette commune, Département de Maine et Loire, frère de l’épouse à cause de Catherine Chéné
Pierre Paquier, tisserand âgé de 35 ans, demeurant en cette commune, Département de Maine et Loire, ami de l’époux
Mathurin Brunet, bordier âgé de 45 ans, demeurant en cette commune, Département de Maine et Loire, ami des époux
Jean Brémond, bordier âgé de 26 ans, demeurant en cette commune, Département de Maine et Loire, ami des époux
C’est pourquoi, moi, Fradin, maire de cette commune, faisant ses fonctions d’officier public de l’état civil, ai prononcé qu’au nom de la loi les dits époux sont unis par le mariage et ont les dits époux et témoins déclarés ne savoir signé sauf le citoyen Paquier
Lecture donné aux parties comparantes – Signatures : Fradin et Paquier (2)

À toutes les époques, la présence des parents à la célébration du mariage, qu’il soit religieux ou civil, valait consentement.
Or dans notre exemple, les parents ne sont pas présents au mariage de leur fils, bien qu’ils aient déclarer consentir à son mariage lors de la sommation respectueuse qui leur a été présentée par le notaire.
Il est probable que leur consentement ne signifiait pas encore acceptation.

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(1 et 2) Archives Départementales du Maine et Loire, La Plaine, Naissances, Mariages, Décès, 1792-1812, 6E240/6
Source de l’image de l’entête : Paysans des Mauges, fin XVIIIe siècle, Archives départementales du Maine-et-Loire, 11Fi 437…

La sommation respectueuse : une procédure juridique pour, obtenir ou passer outre, le consentement des parents afin de pouvoir se marier Lire la suite »

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