Michel-Victor Chabosseau, l’insurgé

Une naissance sous le signe impérieux d’assurer la succession

Le 19 avril 1780, tout juste dix mois après le mariage de ses parents, naît Michel-Victor Chabosseau à la ferme de la Girouardière, sur la commune de Coron.
Ses parents fondent beaucoup d’espoirs sur ce fils ainé…
Etienne, le grand-père de Michel-Victor a été une grande partie de sa vie, journalier, domestique allant de borderies en métairies pour se placer. Ce n’est que par un concours de circonstances qu’il a pu épouser sa patronne Jeanne Froger et devenir ainsi métayer.
Michel, le père de Michel-Victor vient toute juste de prendre la suite de son père à la tête de la ferme à la naissance de son fils.
Il a une conscience aigüe de la possibilité de perdre cette position sociale. Il veut enraciner, sécuriser sa famille et établir une continuité dans la transmission de la ferme. Ils ont eu tant de mal lui et son père, à ne pas être considérés comme des usurpateurs, des profiteurs, des coucous.
Par chance, le premier enfant que lui a donné sa femme Jeanne est un fils. La succession va pouvoir être assurée. Michel-Victor sera le premier des Chabosseau, à être reconnu comme un laboureur de souche, comme un natif, comme un patron.
Pour forger le caractère de son fils et de ses autres enfants, Michel est sévère avec eux et les fait trimer dur. Dès qu’ils sont en âge, ils conduisent les bêtes aux champs, ils ramassent les choux et les raves même les matins ou le froid donne l’onglet. Celui qui ne fait pas sa part de labeur est sévèrement puni. Pas de pain si le travail n’est pas fait. Une nuit dans la soupente si la punition doit être plus dure.
Cette vie de dur labeur et de réprimandes paternelles promise à Michel-Victor va bientôt prendre un tournant tout autre.

Dès l’âge de 13 ans, Michel-Victor ne va pas suivre le chemin qui lui était tracé

A 13 ans, Michel-Victor s’engage dans l’armée catholique et royale dès la première bataille de Coron, le 16 mars 1793. Fuit il son père trop rude, rêve-t-il d’aventures, est-il entrainé par d’autres ? Nous ne connaissons pas ses motivations.
Michel-Victor va suivre l’armée blanche dans tous ses combats. Quand il ne participe pas aux rassemblements, il revient à la métairie pour participer aux travaux de la ferme.
La participation de Michel-Victor à tous les soulèvements vendéens nous est connu par la demande de pension qu’il fait rédiger le 31 mai 1825, 2 jours seulement après le sacre de Charles X à Reims.

Commune de La Plaine
Armée d’Anjou et Haut Poitou
Etat de service – Chabosseau (Michel Victor) – 
A fait la guerre en 1793 et 1794 sous les ordres de feu Monsieur Henry De la Rochejacquelein Général de l’armée Royale vendéenne
En 1795 et 1796 sous les ordres de feu Monsieur Stofflet général de la susdite armée
Et en 1799 sous les ordres de Monsieur le Comte d’Autichamps et de feu Monsieur le Chevalier de Vezin
En 1815 il reprit les armes sous les ordres de Messieur De la Rochejacquelein
Nous François Cailleau chef de bataillon, Armand Debillot ancien Adjudant major de la 2ème division du 4ème corps d’armée de l’ouest et Jacques Chatet, ancien capitaine certifions que Michel Victor Chabosseau a servi sous nos ordres en qualité de soldat en 1793 jusqu’en 1796 et en 1799.
En 1815 a repris les armes au retour de l’usurpateur.
Et Michel a point quitter qu’au retour de sa Majesté Louis dix-huit. 
Je soussigné François Proust maire de la Commune de La Plaine, Canton de Vihiers, Arrondissement de Saumur, Département de Maine et Loire, certifie que Michel Victor Chabosseau cultivateur ne jouit d’aucune pension ni secours sur les fonds de l’Etat ; que ses moyens d’existance consiste de cultiver la terre pour pourvoir aux besoins de sa vie
A la mairie de La Plaine le 31 mai 1825
Proust (1)

Il quitte la ferme familiale à 20 ans, veut se marier mais ses parents s’y opposent

A tout juste 20 ans, Michel-Victor quitte la ferme familiale. Il trouve à s’embaucher comme meunier chez les parents d’un de ses compagnons d’armes sur la commune de La Plaine.
Deux ans, plus tard, il fait la connaissance de Marie Chéné, une fille de La Plaine. Ils se fréquentent et pensent bientôt à se marier… Mais quand il informe ses parents (Michel Chabosseau et Jeanne Brunet) de ce projet, ceux-ci s’opposent à ce mariage.
Michel Victor alors âgé de 25 ans, n’a plus à demander le consentement de ses parents, au regard du Code Civil Napoléonien de 1804, qui pose de nouvelles règles en matière de mariage :

  1. Conformément à l’ancienne tradition coutumière, il établit une majorité spéciale, la « majorité matrimoniale », distincte de la « majorité ordinaire » : les garçons ont besoin du consentement de leurs parents jusqu’à 25 ans et, tant qu’ils n’ont pas atteint cet âge, ils sont réputés « mineurs » quant au mariage ; pour les filles, au contraire, la « majorité matrimoniale » coïncide avec la « majorité civile », soit 21 ans. Il faut attendre la loi du 21 juin 1907 pour faire cesser cette disparité.
  2. Si les futurs époux ayant la « majorité matrimoniale » peuvent se marier sans autorisation parentale, ils n’en sont pas moins tenus par la loi de demander le « conseil » de leurs parents ou de leurs grands-parents, ou, à défaut, de leur notifier leur projet de mariage par des actes respectueux.

Sommation respectueuse puis mariage

Michel-Victor ne souhaite pas déroger à la coutume et il entend obtenir conseil de ses parents, à défaut d’obtenir leurs consentements. Mais, ses parents, principalement son père, restent sur leur position et font savoir leur opposition à ce mariage à chaque fois que leur fils vient les voir et leur demander de consentir à ce mariage.
Le 27 Floréal an XIII (17 mai 1805) il demande au notaire de Coron, Maître Patou d’adresser une sommation respectueuse à ses parents pour obtenir leurs consentements à son mariage avec Marie Chéné :

Sommation respectueuse par Michel Victor CHABOSSEAU à Michel CHABOSSEAU et Jeanne BRUNET, ses père et mère
Le 27 Floréal an XIII
Napoléon 1er par la grâce de Dieu et la constitution de l’Etat Empereur des Français et roi d’Italie à tous présentant avenir salut et avenir faisons que
Devant nous Pierre Patou notaire public résident à Coron arrondissement de Saumur Département de Maine et Loire soussigné et en présence des témoins ci-après nommés
A comparu Michel Victor Chabosseau garçon majeur âgé de 25 ans accomplis du 29 germinal dernier an XIII demeurant présentement au moulin de la Thibaudière commune de La Plaine
Issu du légitime mariage de Michel Chabosseau avec Jeanne Brunet, ses père et mère demeurant à la Petite Chèvrie commune de Coron
Lequel nous a dit que désirant depuis très longtemps se marier légalement avec Marie Chéné fille majeure demeurant avec sa mère aux Bousselières commune de La Plaine, fille probe, laborieuse, ayant de bonnes mœurs et tenant une conduite rangée et régulière qui lui a fait mériter l’estime des honnêtes gens

Et avoir plusieurs fois sollicité avec un profond respect lesdits Michel Chabosseau et Jeanne Brunet, ses père et mère de vouloir bien consentir à se qu’il épousa la dite Marie Chéné sans pouvoir obtenir leur consentement
Pourquoi désirant faire constater sa soumission et son respect envers ses dits père et mère
Acte conforme à l’article 252 arrêté le 21 ventôse de l’an XII additionnel à la loi du 26 ventôse de l’an XI il nous requiert de vouloir bien nous transporter à la métairie de la Petite Chèvrie commune de Coron au domicile de ses susdits père et mère pour leur notifier qu’il désirait instamment obtenir leur consentement pour le mariage qu’il voulait contracter avec la dite Marie Chéné et pour leur dire qu’il les suppliait très respectueusement par notre organe et notre ministère de vouloir bien donner leur adhésion
en conséquence de cette réquisition nous notaire susdit et soussigné accompagné des citoyens Nicolas David et Joseph Dominique Marie Vallée demeurant tous les deux commune de Coron
ou étant arrivés et ayant trouvés les dits Michel Chabosseau et Jeanne Brunet, sa femme nous leur avons dit que leur fils Michel Victor Chabosseau nous mande ce jourd’hui auprès d’eux par notre organe et ministère sa supplication respectueuse qu’il leur avait fait verbalement  plusieurs fois avant  ce jour et qu’il les priait et suppliait d’abandonner, par la présente de vouloir bien consentir à son mariage avec la dite Marie Chéné  en qui il a mis depuis très longtemps son amitié et qui est un parti qui lui convient
lesquels nous ont dit savoir
la dite Jeanne Brunet, sa mère que puisque Michel-Victor Chabosseau son fils paraissait absolument décidé à se marier avec la dite Marie Chéné, elle ne voulait pas plus longtemps le contrarier en refusant son consentement  pourquoi elle déclarait par la présente consentir à ce mariage
et le dit Michel Chabosseau père qui jusqu’à ce moment avait refusé son consentement à ce mariage dans l’espérance que son fils pourrait changer de sentiment et de décision  mais que voyant qu’il persévérait toujours et qu’étant majeur de 25 ans il employait envers lui le moyen que lui fournit et procure la loi pour parvenir à terminer le mariage
il déclarait par la présente consentir à ce que son fils Michel-Victor Chabosseau se maria avec la dite Marie Chéné aussitôt qu’il le voudra et qu’il le dispensait de lui faire d’autre sommation respectueuse afin d’éviter les frais
De tout ce que nous avons dit le présent acte pour valoir au dit Michel-Victor Chabosseau fils ce que de droit et de raison
Fait et passé à la métairie de la Petite Chèvrie commune de Coron le 27 Floréal An XIII en présence
des citoyens Nicolas David et Joseph Dominique Marie Vallée témoins et lecture faite les parties ont déclarer ne savoir signer
Mandons et ordonnons à tout huissier de justice de mettre la présente à exécution
A tout officier civil de la force de prêter forte quand ils se seront légalement requis
Et à tout procureurs impériaux près des tribunaux
La minute des présentes est signée David, Vallée et nous Patou notaire soussigné
Enregistré à Vihiers le 1er prairial de l’An XIII
Reçu 1 franc dix centimes
Signé Baranger pour le receveur général » (2)

Par cet acte, Michel-Victor a, enfin, obtenu les consentements de ses deux parents et le 28 mai 1805 (8 Prairial An XIII) il se marie avec Marie Chéné à La Plaine, Département de Maine et Loire :

Du 8ème jour du mois de Prairial An XIII de la république française sur les 6h du matin
Acte de mariage de Michel Victor Chabosseau meunier âgé de 25 ans né commune de Coron, Département de Maine et Loire ,demeurant en cette commune, fils de Michel Chabosseau cultivateur demeurant commune de Coron, Département de Maine et Loire et de Jeanne Brunet tout les deux consentant d’après la sommation respectueuse à eux notifier par le citoyen PATOU, notaire à Coron le 27 Floréal dernier en présence des citoyens Nicolas David et Joseph Dominique Marie Vallée enregistrée en ce lieu le 1er de ce mois
Et Marie Chéné âgée de 22 ans née et domiciliée en cette commune, Département de Maine et Loire, fille du défunt Germain Chéné, menuisier de son vivant demeurant en cette commune, Département de Maine et Loire et de Marie Egremond ici présente, ses père et mère
Ses actes préliminaires sont extraits des registres des publications de mariage faites à la mairie le 15 et le 22 Floréal dSes actes préliminaires sont extraits des registres des publications de mariage faites à la mairie le 15 et le 22 Floréal dernier entre
Michel Victor Chabosseau, meunier âgé de 25 ans, né commune de Coron, Département de Maine et Loire demeurant en cette commune, fils de Michel Chabosseau cultivateur demeurant commune de Coron, Département de Maine et Loire et de Jeanne Brunet, ses père et mère
Et Marie Chéné âgée de 22 ans née et domiciliée en cette commune Département de Maine et Loire fille du défunt Germain Chéné menuisier de son vivant demeurant en cette commune Département de Maine et Loire et de Marie Egremond ici présente, ses père et mère
Et affichés au terme de la loi le 15 et le 22 Floréal dernier
De tout informé, de tout les quatre actes, il a été donné lecture par moi officier public au terme de la loi les dits époux présent ont déclaré prendre en mariage
L’un Marie Chéné, L’autre Michel Victor Chabosseau
En présence de
Pierre Froger tisserand âgé de 69 ans demeurant en cette commune, Département de Maine et Loire, frère de l’épouse à cause de Catherine Chéné
Pierre Paquier, tisserand âgé de 35 ans, demeurant en cette commune, Département de Maine et Loire, ami de l’époux
Mathurin Brunet, bordier âgé de 45 ans, demeurant en cette commune, Département de Maine et Loire, ami des époux
Jean Brémond, bordier âgé de 26 ans, demeurant en cette commune, Département de Maine et Loire, ami des époux
C’est pourquoi, moi, Fradin, maire de cette commune, faisant ses fonctions d’officier public de l’état civil, ai prononcé qu’au nom de la loi les dits époux sont unis par le mariage et ont les dits époux et témoins déclarés ne savoir signé sauf le citoyen Paquier
Lecture donné aux parties comparantes – Signatures : Fradin et Paquier (2)

Quelle était la cause du désaccord entre Michel Victor et ses parents ?
L’engagement de Michel-Victor dans l’armée vendéenne ?
Le déshonneur que représente le fait que le fils aîné n’ai pas repris les rênes de la métairie aux côtés de ses parents ?
L’ingratitude ressentie par les parents d’avoir été délaissé par leur fils ?
L’indépendance d’esprit de Michel-Victor ?
La personnalité de Marie Chéné ?
La mésalliance que cette union représentait aux yeux des parents ?
Nous ne le saurons pas.

Michel-Victor et Marie s’installeront dans une borderie sur la commune de La Plaine où ils auront 8 enfants. Marie y décèdera le 20 janvier 1840, Michel Victor lui survivra trois ans et s’éteindra le 18 octobre 1843 à l’âge de 63 ans.

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(1) Archives Départementales du Maine et Loire, Dossiers Vendéens, 1M9/98, Demande de pension, 31 mai 1825
(2) Archives Départementales du Maine et Loire, La Plaine, Naissances, Mariages, Décès, 1792-1812, 6E240/6

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