Poèmes

Caravane

La carte postale est ancienne
Cliché d’un désert de sable
De chaleur écrasé.

Le ciel sombre et effrayant
A probablement les couleurs
Rose – jaune du nuage qui s’annonce

Ce paysage de plis appliqués
Evoque le passé lointain des caravanes
Des trésors empilés sur les chameaux
Lourdement harnachés

Du meneur de l’armada
La figure et la présence
Dominent le paysage

Sa tête au centre de la photo
Eclaire la composition
De mystère
Suscitant crainte et attirance

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Nous n’avons pas su te dire au revoir

Nous n’avons pas su
Te dire au revoir.

Ta force, ton envie de vivre
Etaient telles
Que l’on t’a cru immortelle.

La sidération de ton départ
Nous a cueilli
A froid, sans réaction.

Nous n’avons pas su, pu
Venir te voir
Une dernière fois.

Nous ne parlions pas
De ton possible départ
C’était inenvisageable,
Inenvisagé.

Les dernières fois
Furent semblables aux autres
Pleine de retenue, de
Présence discrète, de
Générosité sensible
Comme d’habitude;

Tu savais, sans doute
Tu sentais l’inéluctable
Arriver

Tu n’en a rien dit
Rien faire percevoir
Ne pas importuner,
Inquiéter, déranger

Nous n’avons pas franchi
Le pas
Briser le silence
D’indifférence

La retenue
Qui était notre ciment
De relation
Fut le plus fort;

Nous n’avons pas su
Te dire
Combien tu nous manquerais
Combien tu nous manque

Nous n’avons pas fait l’effort
Nous ne nous sommes pas dépassés

Ne faire que le regretter
N’est pas suffisant

Impuissants à réparer
Nous ne pouvons que nous exhorter
A être vigilants
Pour ceux qui sont encore vivants

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Exposition du peintre Noriyoshi Ishigooka – septembre 1989

Septembre 1989 – Paris
Formation management
Logement et lieu de formation
Proches des Champs Elysées

Tout vouloir maîtriser
Tout savoir, mieux que tout le monde

Les retours visuels et verbaux
Sont impitoyables

L’ours mal léché
Imbu de lui-même
Est démasqué

Yasunari Kawabata :
Pays de neige,
Les belles endormies

Le Japon, par, je ne sais
Quel hasard
C’est insinué dans mon
Espace mental

Restaurant asiatique
Près des Champs…
Trop chic, trop, trop
Se révèle coréen
Des grillades, sans sushis

Une expo, d’un peintre japonais
Espace Pierre Cardin
Feutré

Des toiles immenses,
Colorées, extatiques
De soleils enrougis
Des oranges, jaunes, rouges
S’enfuient de la toile

L’univers livre ses éclats,
Ses doutes, ses enthousiasmes
Nostalgiques
Ses béances fulgurantes
Ses créations du monde incertaines

Sur une autre toile
Les bleus cobalt, les sombres
Les noirs de gris
S’expriment, s’étalent
Dominent, désirent
Espérant faire disparaitre
Cet éclat de lumière
Jaune lointain

Le peintre sur son trône-chaise
Apparait
Coiffé d’un immense chapeau
De cow-boys, de gauchos
De la pampa argentine

L’une de ses jeunes esclaves
Geishas-traductrices
Me fait signe d’approcher

Le maître souhaite recueillir
Mes ressentis-impressions

Je m’emmêle les pinceaux
J’essaie rapprochement-comparaison
Entre ses toiles
Et les endormies

La jeune japonaise traductrice
Ne comprend rien
A mes approximations

Elle exécute sa tâche :
Traduire ce que cet
Inculte blanc a bien pu
Vouloir dire

Le peintre prend l’air inspiré
De celui qui comprend
Qui apprécie

Un client cravaté
Veux, peut-être, lui acheter
Un tableau

Le malaise s’installe
Les univers d’égoïsme,
De solitudes
Sont trop éloignés

Je m’éloigne
En balbutiement d’excuses

La rencontre n’eut pas lieu

Noriyoshi Ishigooka – Biographie
1928 Nait à Otaru sur l’ile d’Hokkaïdo Japon
1941 Commence à peindre à l’huile sans aucune formation
1953 Vit à Tokyo
1954 Première exposition à Ichibankan-Ginza Tokyo
1978 Achète et vit au Château du Repas à Chênedouit dans l’Orne
1979 Président de l’association des artistes japonais Nihoten
1984 Exposition au Centre d’art de Ginza Tokyo
1987 Exposition à la galerie de la Banque mondiale à Washington
1989 Exposition à l’Espace Pierre Cardin Paris
2006 Vente du Château du Repas
2009 Décès

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Le ciel s’est mis à la fenêtre

Tout près, la truculence bruit
S’ébroue puis gronde.

La plage s’emplit de foules,
Les corps exhalent leurs odeurs
Les nudités s’exposent.

Le regard se porte au-delà,
Se fixe, sur l’horizon, au loin.
Que reste-t-il à découvrir ?

Le rose poudré du ciel,
Annonciateur de douceur
Est-il la promesse d’un meilleur à venir ?

Cet au-delà de l’océan
Porteur de rêves de grandeur
S’est entouré d’un halo de néant

Un besoin de quiétude paisible
S’empare d’elle
Avec force et vivacité

L’inquiétude daigne exprimer
Sa farouche volonté
D’impérieuses nuances.

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Le chant de l’arbre

Les racines de l’arbre
Sont le miroir du visible,
De la cime à la moindre branche.

Un mycorhize est en voie de constitution,
Le champignon et l’arbre ont décidé
De collaborer.

Le coopérateur souterrain s’étend ;
Antagonisme, repoussoir,
Attirances mutuelles.

L’éclat de l’érable du japon domine
Les cris silencieux du charme
Taillé en tête de chat.

Le pollen du saule blanc
Se mélange aux chatons du noisetier,
Aux pétales des fleurs de cerisier.

Les solitudes des arbres
Font groupe, font foule,
Font forêt.

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Le lecteur égaré

Rébus, glyphe, graphe
Des signes pour raconter
Des lignes dictées
Pour maitriser l’orthographe

A Sumer les premiers signes
Comptent les ânes
Distribués à un cultivateur
A un forgeron, à un corroyeur

Que de lignes tracées depuis
Pour dire l’histoire
L’amour, la haine
Entre les hommes

Les langues parlées sur terre
Sont-elles issues d’une même langue mère ?
Polémiques ou polyphonies
De livres imprimés

Le cimetière des livres oubliés
N’est pas situé qu’à Barcelone
Nombreux sont ceux
Qui attendent le lecteur égaré

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Les Trésors de Tatie

La Tatie tatouée touche à tout ce qu’elle trouve.
Elle transporte ses trésors trouvés
Dans son trench-coat tout troué.

Elle traverse la ville jusqu’à la tour de la technologie,
Sur la table d’orientation
Elle tapote les touches
Et, ouvre le tiroir des taupes gardiennes de trésors.

Le typhon et le tsunami approchent.
Avant la tempête, il est grand temps
De confier ses trouvailles aux taupes :
Une tomate rouge, un tapis bariolé,
Un tatami tout blanc, un clocher tordu,
Et du thé vert.

Dans le prochain épisode du jeu,
Elle aura toujours d’autres trésors
A transmettre, à ses amies les taupes.

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Questions et réponses

Quelles que soient les querelles
Il est nécessaire de trouver la quiétude.
Beaucoup de questions se posent à la queue leu leu :
Pourquoi mes quatre amis m’ont-ils quitté ?

Je me suis lancé dans la quête, de quoi, de qui…
Sur le quai de mes habitudes quotidiennes,
Je me suis interrogé…
Suis-je une quiche, un quidam quelconque ?

Au vu de ma quantité d’efforts produits,
J’en ai conclu que je valais mieux.
Que mon quotient d’amour et d’amitié
Était élevé.

Il ne me servait à rien d’en quémander
Il me suffisait juste d’en donner
A ces québécois rencontrés
A ces quidams amicaux
A de quelconques personnes rencontrées.

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La fibre sociale du facteur

Mon grand-père, le facteur
Était souvent fatigué.
Était-ce sa faute,
S’il était fréquemment fébrile ?

On le traitait de fonctionnaire
Qui effectuait un travail facile.
La Poste faisait alors partie
De la Fonction publique.

Lors de ses tournées de distribution du courrier
Il réconfortait les personnes fragiles,
De paroles fécondes, sans filtre.
Il était fréquent que ses clients
Le félicite pour sa fibre sociale,
Pour son contact humain fertile
Ce flux, le réconfortait grandement.

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