Poèmes

Fais-moi signe

En prémices de l’écriture,
les Egyptiens et les Mésopotamiens
utilisaient le rébus
J’attendrai la pré-Miss à la ré’d’bus
A la raie de bulles
A quelle heure est l’arrêt ?
A l’arrêt de bus
La pré-Miss montrait ses cuisses
Et ses yeux de biche surlignés
Point à la ligne.

En écriture sumérienne encore utilisée
Par les scribes de Babylone
En hiéroglyphes où en alphabets
Arabe, chinois ou romain
Fais-moi signe :
Donne-moi des nouvelles de la pré-Miss,
Au prochain arrêt. 
Elle est tombée, de Charybde en Scylla.

Si la suite en sol
Se conjuguait au présent
Dans un futur lointain
L’écrit serait dépassé
Plus de plume, de parchemin
Plus de crayon, de vélin
Plus de stylo, de papier
Le cunéiforme numérique eu les faveurs
De la pré-Miss, un temps

Temps de chien, temps de gueux
A la queue, leu leu
Le temps s’est obscurci
Pour l’écrit
Par le Cri de Munch,
Les cris s’élèvent
Cri, y es-tu ?

Le dit et le redit
Ont pris la place
Les douleurs se déplacent
La place publique
Est devenue agora
Au fil des arrêts
Jusqu’à la station Javert.

Jean Valjean n’y mendiait plus,
Il regarda passer la pré-Miss
Dans un coup d’œil complice
En un vœu muet,
Il lui demanda de lui faire signe
De lui écrire,
Des lignes de poèmes foutraques
Des envolées fantasques
De tomber le masque
Pour toucher le sensible
Quel que soit le support et l’outil

Deviendra-t-elle utile dans l’urgence ?
Du devoir d’écrire
Des dictées contraignantes
Des emphases délirantes
Des vers, crachats de l’âme
De soi

Galimatias, que tout ça !
Revenir aux rébus
Aux rebuts, aux débuts
Garder le signe en tête,
L’utiliser en en-tête,
En corps de texte
Où en conclusion
En arial, times ou roman,
En vers ou en prose
Ecrire sur soi, sur d’autres
S’écrire à soi ou aux autres

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Nous ne parlerons plus

Nous ne ferons plus revivre
ta maman, Marie-Anne, et son amour des chats.

Nous ne ferons plus revivre
ton papa, Hubert, la ferme de Fontenay,
tes trajets pour aller à l’école, l’hiver, à travers champs.

Nous ne ferons plus revivre
Philomène, ta grand-mère de cœur,
qui avait recueilli Marie-Anne, à l’âge de quatre ans,
au décès de sa maman.

Nous ne ferons plus revivre
Georges, garçon de ferme à neuf ans,
qui apprit à lire tout seul

Nous ne ferons plus revivre
Albertine, qui n’aurait jamais cru,
que tu puisses faire cela pour elle,
lorsque tu l’as accompagné jusqu’à son dernier souffle.

Nous n’évoquerons plus
nous, tes enfants,
nos bobos, petits et gros.

Nous n’évoquerons plus
les études de l’un ou de l’autre,
de tes petits enfants,
leurs débuts dans leur vie d’adultes.

Nous n’évoquerons plus
tes arrière-petits-enfants,
le seul qui était né
avant que tu partes,
et ceux qui sont arrivés depuis.

Nous ne parlerons plus
des ânes, qui te rappelaient ton enfance.

Nous ne parlerons plus
des oiseaux, le Gros Bec qui était venu te rendre visite,
les chardonnerets qui venaient d’arriver,
les mésanges, pour qui, tu préparais des noix,
que nous avions, quelques fois, chapardées ensemble.

Nous ne parlerons plus
de papa, dont tu n’as jamais accepté le décès.

Tu es partie, au même âge que lui,
comme lui, en février, un samedi.

Pour parler de toi,
on ne fait qu’évoquer les autres.

C’était ta vie,
venir en aide, consoler,
les tiens et d’autres.

Tu ne voulais pas déranger,
pas demander,
pas te plaindre.

« tant que ça va comme ça,
il n’y a pas à se plaindre. »
Disais-tu.

Lundi dernier, tu ne parlais presque plus,
alors que je me frictionnais le genou,
tu m’as demandé si j’avais mal.

C’était tout toi.

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Vivre avec la Loire en héritage

L’hiver est rude et rigoureux
Comme on n’en connait plus
Nous ne sommes encore que deux
Le fleuve charrie d’énormes morceaux de glace
Dans un tumulte joyeux, impressionnant
C’est dangereux, ça bouscule et ça réjouit.

Le printemps pointe son nez
Les vaches paissent tranquillement
Entre le fleuve et la levée
Boutd’Zan nous attend à l’Etiage
Pour la leçon d’équitation hebdomadaire.

L’été est déjà là
Les ondulations se dessinent
Sur les longs bancs de sable
Qui permettent de s’aventurer
Au beau milieu du fleuve
Mélody, son égérie, prend la pose
Pour des photos de mode nature.

C’est maintenant l’automne des balades
Au-dessus du Thoureil
Le chemin affleure les toits
Un chat noir et blanc nous accompagne, un moment
Nous dominons le fleuve qui étale sa superbe, au loin
Lors d’une montée plus longue
Les premiers signes de ton cœur défaillant
Apparurent.

Nous sommes quatre désormais
A voguer sur le fleuve
Au gré des courants capricieux
Contourner les iles ensauvagées par les saules
Eviter les bancs de sable piégeux
Découvrir d’un autre regard
La levée, l’abbaye, les bords de Loire.

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Au bord de la côte, entre mer et marais

Moules-frites, à midi, sur le port.

Promenade entre mer et marais

Frôler les épillets des graminées

Longer les ganivelles de clôture

Surprendre les moutons dans les prés salés

S’étonner d’autres, affalés sous un arbre solitaire

Découvrir des carcasses de bateaux

Dressées comme des arbres morts

Dominants les herbes folles et les ronces.

Déboucher, soudain, sur une crique ensoleillée

Descendre s’y tremper les pieds

Récolter quelques bois flottés

Pour en faire de futures sculptures.

Revenir par un long chemin

Sur le bord de la côte.

Avant de conclure la journée

Par des crêpes et des bolées de cidre,

Admirer à la nuit tombante

Les bateaux amarrés, endormis

Sur le clapotis du port.

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Sur les rives de la Dordogne, en Périgord noir

En ce mois d’octobre, nous posons nos valises
En Périgord noir, au Pays de Belves.
Nos premiers pas nous conduisent sous la halle
Forêt de poutres et chevrons construite en 1462.
La porte étroite du castrum franchie,
Nous entrons dans un Moyen-Age alangui
Ou trône, une maison néogothique de 1882.
Ce fut la demeure d’André Dejean de Fonroque
Maire mégalo de Belves de 1904 à 1942
Qui possédait un wagon de chemin de fer
Destiné à son seul usage personnel.

Au détour de chemins, noix et châtaignes abondent.
Nous arpentons, grimpons jusqu’au haut du plateau calcaire
Ou se dresse le fier et austère château de Beynac
Qui domine la Dordogne sur sa rive droite.
Les bruits, des batailles de la guerre de 100 ans
Et des jacqueries des croquants nous parviennent
Au-delà de sa porte et de sa barbacane
Par une étendue herbue qui ouvre l’espace sur la vallée.

Après un arrêt aux jardins suspendus de Marqueyssac
Tout de buis taillés, sculptés en formes douces arrondies
Nous longeons les méandres du fleuve,
Admirons les gabares flottant sur ses eaux,
Découvrons la falaise calcaire qui domine la Roque-Gageac,
Où palmiers, oliviers, bananiers et bougainvilliers
Nous, surprennent et nous enchantent.
C’est à la bastide de Domme que notre voyage
Prend fin, ce jour-là, à la tombée de la nuit.

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Le bal en B

Pas bête, la betterave,
Elle bat la mesure
Sur sa batterie – tambour
Pour annoncer le bal du soir.

A l’entrée, des ballons multicolores
Vous, invitent à venir, bouger, balancer
Au son de la voix de basse
Du chanteur baryton

Prenez une bouchée
De ce délicieux baba
Sans faire bombance
Entrez dans la danse
Avec bienveillance.

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A de l’As… Abracadabra

L’as ausculte le jeu de cartes,
Il veut y découvrir,
Des astres inconnus,
Des astéroïdes, des astrolabes,

Des asters, des achillées, des pieds d’alouette,
Les fleurs de son enfance

Ses amis :
Le roi, la reine et le valet de cœur

C’est au royaume des animaux
Qu’il est transporté

Il est accueilli par les asticots,
Les aigles royaux et les abeilles

Pour venir s’ajouter à eux
Ils lui proposent un tour de magie :
« Abracadabra »

L’as se transforme
En un majestueux perroquet Ara.

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Chère Pauline,

Il y a plus de vingt ans
Je t’ai accueilli
Tu étais toute jeunette
Et déjà, bien placide.

Notre relation s’est nouée
De confiance mutuelle
Au fil des années.

Te mettre le licol,
Te prendre les pieds,
T’atteler,
Fut paisible.

Tu aimais être brossée,
Câlinée, sollicitée…
Naturellement, tu venais
Pour quémander de l’attention
Pour, déguster, aussi,
Une carotte ou une feuille de sauge.

Tu fus une mère attentive
A la naissance de Théo, ton fils,
Que tu dressas, à ta manière
Il t’agaça, assez souvent, par la suite.

Tu aimais trop les friandises,
Les festins d’herbe ou de foin…
Ça t’a joué des tours.

Tu m’as laissé,
Ainsi que ton grand dadais de fils
Pour rejoindre le paradis des ânes.
Ou tout du moins, un lieu de quiétude
Comme celui,
Que tu avais trouvé, chez nous.

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Tempêtes

Dévastons les espaces clos

Dévastons les barrières mentales

Dévastons les obstacles incertains

Décimons les opinions critiques

Décimons les ronchonnements marmonnés

Ajustons les abonnements

Ajustons les éléments éphémères du monde flottant

Ajustons ce qui doit être ajusté

Elevons nos esprits au-dessus des cimes

Elevons nos corps au-dessus des vols de grues

Berçons nos peines au gré du vol des pétales de fleurs de cerisiers

Berçons nos illusions de douceurs animales

Ecoutons le bruit lancinant de l’écoulement de l’eau du ruisseau de montagne

Percevons les dividendes de caresses appuyées

Percevons le solde de pensées envolées, si peu sures de leur existence

Gagnons en assurance pour que l’impermanence ne nous effraye plus

Hurlons nos chagrins à la face hideuse des dieux et déesses

Hurlons nos espoirs dans la moiteur d’un soir d’été nuageux

Déchirons le voile de nos incertitudes trop prégnantes

Déchirons nos carapaces accumulées au fil des années

Rattrapons au fil de l’eau nos bribes de pensées que nous y avons jetées

Rattrapons nos constructions éphémères pour en faire des cathédrales

Joignons nos mains pour une prière à l’avenir glorieux

Joignons nos gestes pour caresser la peau douce de fesses amies

Portons à nos lèvres la saveur douçâtre de la poire trop mure

Portons à nos bouches les mamelons érigés de petits seins aperçus

Commençons à construire les routes qui mènent à soi

Commençons à gravir les barricades de nos certitudes

Découvrons le paysage grandiose qui apparait au-dessus de la mer de nuages

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Un dimanche à la ferme

Dimanche de printemps,
Dans la cabine du tracteur
Je laboure le champ
Au bord de la route.

Le père et la mère Neveu
Sont postés. Assis
De l’autre côté de la route
Ils me regardent.

Aucune voiture ne passe,
Rien ne s’agite,
Tout est immobile.
Qu’attendent-ils ?

Du carrefour,
Soudain, surgit
Un peloton de cyclistes.
Les Neveu applaudissent.

Je laboure, je laboure
Dans d’incessants
Allers et retours.

A intervalles réguliers
Les cyclistes ressurgissent
C’est jour de course aux Rairies.

Après d’incessants passages
C’est un groupe d’échappés
Qui s’est extrait du groupe.

Pendant ce temps,
Je me suis rapproché
Du bord de la route.

A mon tour,
Je regarde
Les Neveu,
Les cyclistes.

J’ai fini de labourer
Je ne sais pas qui a gagné
Les Neveu sont rentrés.

L’un d’entre eux
Viendra, demain
Chercher du lait
A l’heure de la traite.

On n’évoquera,
Probablement pas,
La course.

On parlera, de la terre
Qui se met bien,
De l’ensemencement du maïs
Qu’il est temps d’effectuer.

De son temps,
Il n’en semait pas
Du maïs,
Le père Neveu.

Il attelait sa jument
Pour labourer,
Ça mettait bien plus longtemps.

Il replantait
Les betteraves,
A la main.

De son temps,
Il n’y avait pas
De course cycliste,
Le dimanche.

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