Sources d’inspiration

Poèmes et Citations

Les Poèmes de PhildeFaire

Cesser d’être conforme

A quoi bon ! encore et encore !
Ces gestes s’activent dans un espace que je ne saisis pas,
Ces bruits courent en dehors de moi.
Pourquoi ces yeux ne sont-ils que des yeux ?
La peur avec ironie s’empare de moi.

Cas 1, petit b, 3ème section : demi-tour droite !
Petits tiroirs, petites boites : logique !
Vendeurs de drogues, marchands d’armes, tueurs fous,
Dieux du volant, présidents de je ne sais quoi
Face à la grande planification-égalité.

Elle ne veut pas crever, la carne !
Elle veut, encore, piquer de l’air aux autres !
Elle veut… sa ration d’espoir !

Prends cette terre, mets-y tes oignons, ta sueur et ton espoir
Roule-toi dans l’herbe, nue, alors qu’il pleut à plein temps
Prends ces pierres et construits des immensités de labyrinthes aux couleurs bariolées
Prends le temps d’être inutile
Prends du temps avec les tiens : homme, femme, enfants
Maîtresses, amis, amours et amants

Allez crever les pneus des bagnoles des flics,
Allez arracher les galons des capitaines
Allez pisser sur le drapeau :
Bleu pissou, blanc sale et rouge sang

Arrachez les barrières ; il n’y a plus de trains qui passent
Il n’y a plus de trains qui partent
Vous avez le temps.

Ralentissez le pas… regardez l’eau qui coule… hé oui… elle coule…
Tiens… c’est foutu comme ça… ça… je n’avais jamais remarqué…
Psitt… viens voir un peu par là… viens voir de ce côté…

C’est agréable… de ralentir…
Laisse-toi faire… laisse toi aller…
Tu as bien quelque chose à offrir…
Un peu de toi, à donner…

Anatole le griffu

Chat siamois tabby point
Anatole le griffu
Etait un excellent chasseur
Un rien dictateur.

A partir de 5 heure et demi
C’était son heure, à lui ;
Il appelait, griffait, tapotait,
Martelait, miaulait, quémandait.

Après le vermisseau,
Le mulot, le zoziau,
Voulait-il courir ?
Peut-être se nourrir ?

Que nenni, non point !
C’était d’un câlin
Du matin
Dont il avait besoin !

Combattre la poussière

Aujourd’hui, comme hier
Il faut combattre la poussière
Toute notre vie,
On essuie.

Des coups de pied
Des coups de gueule
On s’en prend, plein la gueule
De se sentir épiés.

Grâce au réconfort
On se sent fort
A-t-on tort ?

Face à la mort
De combattre la poussière
Aujourd’hui, comme hier.

Je suis le revanchard de toutes les révoltes

Je me sens nègre blanc,
Immigré togolais, arabe ou portugais
Je me sens breton de souche
De couches occitanes ou corses

Je suis le conteur social
De cette mère édentée qui trainent ses lardons
De ce lupen-prolétariat qui grouille
De ces éclopés, noirs émigrés
De ces prolos encagés, sortis de racines alcooliques
auto-mitraillés par la grisaille chaotique
De ces garnements dégoutés d’exister

Je suis la rage au ventre
Aux ventres creux de ces pouilleux
Sous alimentés de culture à 100 balles
De ces télé-fusillés dans leurs chaises bancales

Ce sont eux, les poinçonneurs divins
Qui, d’un coup de clef à molette
Eurent pu trancher la tête
Des banquiers véreux

Je suis le crachat, le dégoût, le vomissement
Je suis le revanchard de toutes les révoltes
Je suis cette appendice canularde
Qui vous bave sous le nez

Hommage à qui ?

De tout mon cœur
Je me suis battu
Le gilet jaune
J’ai revêtu

Sur le rond-point
J’ai levé le poing
J’y suis venu
Et je t’ai vu

SOS amor
Tu m’as conquis
J’t’adores

L’automne
S’est parée
D’une langueur monotone
De 1er degré

La nuit,
Du satin blanc…
C’était pour une autre vie,
Ce n’était pas le moment

Lavabo
3ème porte à droite.
Dans le dos
Des coups de lattes.

Ne te fais pas
Des nœuds
Au cerveau
Sacrebleu

Croque note
Crois en eux
Adopte
Les mots bleus
Ceux qui font du bien
A son corps comme au tien

Ne laisse pas aller ton corps
Saute à l’élastique
Voleur d’amphores
Au fond des criques
Au pavillon des lauriers
C’est maintenant qu’il faut se réveiller
D’un amour aveugle
Si peu partagé

Au jardin des délices
Goûte à tous les épices
Qu’entre tes cuisses
Je me glisse

Que n’ai-je appris à skier
Que n’ai-je fondu
Sur ton balconnet
Sans m’y être perdu

Que n’ai-je pris l’Everest
Le devant et le reste
Aucun express ne m’emportera
Vers la félicité, vers le walhalla

Dans la généalogie
Je me suis perdu
Dans la géographie
Des petits ensembles
Des grands amphis

Malaxe l’automate
Mes circuits sont niqués
Y’a tout à remplacer
Dans cette boite crânienne
Celle qui était mienne

Paul a dit
Que l’orange était bleue
Mais Jacques a dit
Qu’il fallait ouvrir le parapluie
A Cherbourg ou ailleurs
L’Asie coule à mes oreilles
A Saint Jacques j’irai
A Beaugency ou Orléans
Pour retrouver la mémoire
Sur les tombes

Bombez le torse
Soldat
Par l’au-delà
Tu transmettras le morse
Des morceaux d’histoire
Disloquées, dispersées
Des morceaux de mémoire
A tes descendants

Magdelaine est allée
De Chambéry en Russie
A pied.
Comment est-elle revenue
Sans s’être perdue ?
Elle s’est retrouvée
A vendre des bondieuseries
A prendre des photographies.
Ne prend pas la fuite
Ecrit donc la suite

Ma petite entreprise
A bien connue la crise
Pour s’y retrouver
Dans toutes ces pensées

Soldat, sans joie
Va, déguerpi
L’amour t’a faussé compagnie

Ose ma jolie
Ne tourne pas le dos à la vie
Prends des trains à travers la plaine
Affronte tes tempêtes
Et comble ta quête

Impossible
De te satisfaire
De vaines espérances
Il faut te défaire.

De l’autre côté des contreforts

Au cœur de la bambouseraie
Un village gris apparait.

Sur le toit de la maison commune
Nous sommes grimpés
En cinq colonnes, à la une
Nous nous sommes situés.

Nous sommes descendus
Au bout de la rue
Pour y trouver
Un peu d’hospitalité.

Nous avons fui
Les brumes du Nord
Traversé la chaine des puits
La montagne, les contreforts.

Nous nous sommes engagés
Sur un chemin escarpé
Nous y avons rencontré
Une horde de sangliers.

Nous l’avons aperçu, le mas
Tout au loin, en contrebas.

Se tenir à carreaux

De la glaise de la forêt de Chambiers
Nous sommes les fils, nous y sommes nés
Au village des Rairies
Nous y avons été cuits.

Nous y avons séché,
Nous nous sommes dessiqués.
De la terre crue,
Terre cuite, sommes devenus.

Entassés, brinquebalés, transportés
Nous avons atterri à Mazé
On nous a montés, assemblés
Tout au fond du grenier.

Nous avons connu les feuilles de tabac
Remuées, chaque jour, à la force des bras.
Remplacées, bientôt par les gerbes de blé
Battues, foulées, puis par le tarare, triées.

Après avoir longtemps attendu
Nous fûmes, un jour, descendus
Auscultés, lavés, triés et choisis
Nous fûmes, à nouveau, assemblés; ébahis.

Après toutes ces années, c’est d’un nouveau sol
Dont nous sommes les membres, sans espoir d’envol
Chaque jour, nous sommes foulés
De temps en temps, balayés, aspirés.

Dans nos joints, nos interstices
Des petits insectes, des fourmis, se glissent
Elles nous rappellent notre lointain passé de glaise
Avant qu’un jour, la pelle nous apaise
A devenir cet assemblage
De cette maison, le carrelage.

Ou êtes-vous

Ou êtes-vous
Vous, que j’ai connu
Et que je n’ai pas revu.

Je vous ai écrit des mots suaves et tentateurs
Pourtant…
Est-ce la contrainte ou la peur
Qui m’a privé de vous ?

Mes yeux scrutateurs
Essaient de suivre vos lendemains
J’entends le bruit
De vos mélancolies.

Ou sont ces superbes élans d’espoir,
Ces fureurs de grand soir ?

Les majestés qui vous dirigent ont, sur vous, posé
Leur manteau de sécurité.
Sur vos destriers poussifs
Ne proférez aucun son plaintif !

Les grands chênes ne sont pas complaisants
Les oiseaux ne se laissent pas saisir, un instant
Soyez sourds
A mon discours
Je laisse à votre désarroi
Un doute, très étroit !

Un jour mon prince viendra

Un jour mon prince viendra,
Bien sûr il m’emmènera.
Sur son beau cheval blanc,
Il me prendra par devant.
Et derrière la barrière,
Il me prendra par derrière.

Vent léger

La fleur au vent s’envole
L’oiseau s’en désole
et s’enfuit

Jour de pleine lune

Le long de l’eau de la rivière
Galopent les chevaux couleur de pierre
La lune rousse, faune échevelée
Suis le cheval blanc dans son galop ailé

La gazelle alléchée par ces prouesses galantes
Se vautre et se fait plus aimante.
La mouche vibre à l’appel silencieux des notes
L’oiseau piaffe et la croque.

La forêt mugit pour faire entendre qu’elle proteste
Un souffle de vent pousse les nuages
La dame des hautes cimes enrage
Pliée sous son fardeau, elle part, sans un geste

Corps à corps

Je joue,
Je jette,
J’éjacule,
Je détrousse, déserte et débourse.

A tes trousses, je me colle à tes basques
Et t’enlève tes frusques,
Fric frac, dans ta baraque
Je débarque et me démène
Sous tes cris, tes anathèmes.

Débride tes bribes
Que nos humeurs s’assassinent
Et retrouvent leurs racines.

Que notre vaisseau
De nos cris initiaux
S’échine et s’adonne
A des extases, se donne.

Paysage de bord de mer

Sous les embruns
Les brumes
Se cachent.
Leurs silhouettes
Se détachent.

De l’horizon
Sombre et lourd
La ligne bleue
Des monts alentours
Les découpe
Et décoiffe.

Second rôle

J’ai gagné à la loterie
Pas, un vil petit prix
Mais le gros lot, tout en haut
Celui des 6 numéros :
Je suis né grand et beau.

Ils m’ont proposé
D’être pape ou derviche tourneur
C’était trop d’honneur
J’ai décliné.

Guitar héro, joueur de rugby
Se sont-ils repris,
Trop de sacrifices, pour ceux-ci
Je me suis enfui.

Cultiver le paysage
Créer un élevage
Eurent ma préférence
Dans l’existence.

L’excuse des circonstances…
Maintenant la distance,
M’oblige à dire
Que je n’étais pas mûr
Pour franchir le mur
Pour pouvoir réussir.

J’ai rebondi,
Comme on dit
J’ai assuré
Par nécessité
Mais rien de m’a porté
Sur le sentier.

De l’attelage j’aurai pu tenir les rênes
Frustré, ambivalent, c’est avec peine
Que, dans l’ombre, je me suis contenté
D’être aimé, pour ma proximité

Piètre poète, généalogiste amateur
Depuis ma naissance
J’ai cherché la reconnaissance
De mes valeurs.

Ne l’ayant pas trouvé
Je me suis retiré
En solitaire attristé,
J’ai suivi le sentier.

Rage dedans

J’ai une dent contre toi
Douleur
Dent de sagesse
Mon œil…

Un tressautement,
lancinant,
traverse mon crâne…

Ophélie et la chouette

Ce matin, Ophélie est descendue au jardin
Dans la nuit, un esprit malin
Y avait déposé
De la rosée.

Elle a cueilli du houx
Qu’elle a mis dans sa brouette
Quatre petits hiboux
Ont suivi leur maman chouette

Pleine de chagrin
Ophélie est remontée
Du jardin
Toute mouillée

Voyage dans le temps

Tombée de la nuit
Feu de bois
Un cône de fumée s’enroule et s’élève
De la chaumière maisonnée
Quelques gnomes doivent se cacher
Derrière quelques haies, tout près.

Au loin, des véhicules se croisent
Tous feux allumés
Ce n’est pas, au moyen-âge
Que nous sommes arrivés.

100 mètres

Le starter est au départ
Les muscles fusent
Les fibres s’activent
100 mètres
Un rien de temps pour la gloire
10 secondes pour la vie
7 noirs pour 1 blanc
C’est parti
Un clin d’œil
C’est fini
Un poing noir levé
Instant de rage

Attente d’une caresse

De la tour Saint-Aubin
Les pigeons sont épris.
Précieux trésor
L’enfant dort.

Tels de vieux sages,
De noueux acacias
Attendent, depuis des millénaires
La caresse de la brise.

Le chat de 3heure 43

Réveil précipité
Le chat a gratté
à la porte.
Je m’emporte,
Je maugrée…
Je ne vais pas me rendormir,
Je vais peut-être lire ?
A moins, que le délire,
de ressassements,
sans cesse
vienne me punir :
Je n’aurai pas dû…
Si j’avais su…
L’écum
de l’amertume
affleure
à l’heur
de se recoucher

Vertu gadin

Des blondes
Rondes et girondes
Les attendent au tournant.

Jalousies magnifiques
Elles proposent leurs tourments
Maléfiques.
Ou d’innocents instants
Mirifiques.

Qu’elles sont ces hôtesses ?
Sont-elles à la hauteur ?
Contre la détresse
Faire le plein de caresses
Quelle valeur ?

Du côté de la tendresse,
Il faut chercher la leur.
Pas de paresse
Ouvre leur ton cœur.

Voyage en train

Ils sont restés au pays, les fils d’ouvriers.
Ils ne sont pas blasés par les conversations de comptoir, de troquet ; habitués.
L’omnibus quotidien monotone rythme leur vie monocorde.
Il les emmène pourtant, surplombant la Loire en crue, majestueuse, traversant les forêts ombragées, dévoilant les châteaux d’eau, les vignes alignées, les champs, tout de verdure, endimanchés.

Les bribes du service, les lient au retraité qui rentre chez lui.
Le nivèlement de leurs envies est intervenu ;
La solennité ingrate du terroir leur renvoie son miroir.
Celui de ces moutons qui paissent, de ces champs qui s’étirent, de ce pays plat.

J’ai longtemps envié la quiétude de leurs certitudes.
J’aurai pu être des leurs.
Je suis de ce pays.
Mais, je ne parle plus leur langue.

Au château

Des enfants tombaient des toits des maisons, tout là-haut :
Un petit garçon en culottes courtes et pull marin rayé,
Quatre figures juchées sur des bicyclettes à la roue arrière de Grand-Bi,
Une fillette en robe à crinoline, très début de siècle.
Ils tombaient dans cette rue sombre, la rue du Musée, entre l’ancienne caserne des régiments du Roi et celle de l’ancien professeur.

L’esplanade était déserte, balayée par le froid qui bousculait quelques feuilles mortes.
La vallée du Thouet s’étalait en méandres de crue.
Soudain, des cris de courses, des cris de cartables entrechoqués, brisèrent la monotonie de la statue des combattants de 14-18, qui restèrent tout étonnés dans leur position défensive.
La demeure des Ducs de La Trémoïlle, de Marie de la Tour d’Auvergne, après avoir été prison était devenue Collège. La cour n’accueillait plus de carrosses mais des batailles de marrons à travers les flaques, des chahuts, des cris et des bosses.

Dans ce château, j’ai rêvé de dames courtisanes montées dans des calèches attelées de blancs chevaux, accompagnées de damoiseaux.
J’étais ce preux chevalier qui allait protéger toutes ces jeunes filles entre-aperçues.
Ou bien, je serai ce courageux maçon qui élèverait, ses enfants dans un petit logement de la basse ville.

Es-tu de moi ?

Le doute, ce poison, ce gâcheur de joie
S’insinue en moi,
Suis-je ton père, à toi ?

Qu’importe, petite complice
Tu es ma fille, ma miss.

Poème à varier

De quelle variété es-tu ? toi,
Le poème plein d’émoi
Es-tu de moi ?
Nous sommes ensemble, à tu et à toi.

Que puis-je te demander ?
Me consoler,
Des sentiments avariés,
Des paroles contrariées ?

Ecouter mes plaintes
Sur les vices
Qui se glissent
Dans les interstices ?

M’apporter quelques bribes de réconfort,
Monter à l’assaut des châteaux-forts,
Mener un combat de tranchées
Contre le doute
Auquel je m’arc-boute
Sans flancher.

Ne pas être avare
De paroles d’affection
M’aider à larguer les amarres
Pour que je prête plus d’attention
Sans dédain
Aux autres humains.

Être présent

Je suis cette voiture qui passe
Je croise vos vies
Sans laisser de traces

Je ne suis pas de ceux qui suscitent l’ennui
Ni, de ceux que l’on jette à l’oubli

Absorber par le temps
Jusqu’à l’absence ;
Je peux être, à l’instant,
A l’écoute de vos tourments

L’univers du petit vers…

Tip, top… Tiens, la pluie…
Anfractuosité, trou, grain, motte…
Je me faufile, je m’contorsionne, je rampe et je zigzague…

Antenne gauche : R.A.S,
Antenne droite : argile, terrain collant…
Tip, top… brr, une goutte…

Je plonge, je serpente… gravier à droite…
Attention ! c’est coupant…
Hum… une miette de mon herbe grasse préférée…
Je suis le petit vers blanc… tout blanc.

Tum, tum, tum… un roulement au loin…
Tschitt… je descends…
A gauche, flip, flap
Au troisième cailloux…
Le petit trou noir, à ne pas rater…
Attention ! j’approche du territoire du vers de terre…
Tum, tum, tum… Hé…
Toujours ce roulement qui s’amplifie !!!

Oh ! Au secours…
Qu’est ce qui se passe !
A moi ! à l’aide ! Au sec…ours !!!
Un monstre… en fer…
Du caoutchouc noir au-dessus !!!

Mon domaine est retourné…
Je chavire, je tombe…eee !!!
Me v’la tout chambouler,
Je r’connais plus rien…
Y’a plein d’herbes et de cailloux nouveaux…
Y’a plus de mottes…

Complétement fou…
Ce jardinier…

Le chat gris

Le chat gris
Est pris
Le chagrin
S’égrène

La Crilousière

Point de fuite

Tu n’y penseras point,

Le poing arrive à point nommé
Pour mettre un point final
Au point de croix entamé

De moins en moins au point
De plus en plus au loin
Tout arrive à point
A qui sait attendre

La mise au point
C’est le choix
Du point visé
Du point de fuite

Sans prendre la fuite
Mais apprendre de suite
Le point à atteindre
Le point culminant

Tombée de la nuit

Chaque brin se dessine,
Chaque toit se découpe,
Chaque arbre, en sa masse, se précise
Sombre clarté
De la tombée du jour.
Déjà, l’automne laisse deviner ses rouilles
Des lambeaux de nuages gris-rose se trainent
De l’horizon, dans une trouée de lumière
La chauve-souris surgit
Les grillons stridulent
Et c’est bientôt, la nuit.

Ose

Pas de bévue,
Développe l’arme absolue
Retrouve les douceurs entrevues
Dans d’amours déçus.

La doucereuse douceur
Est sans prouesse
Laisse parler ton cœur
Avec hardiesse.

Retour à la vie, dans le Baugeois

Les paysans du coin, ont une gueule
De résistants de la dernière guerre
Dans leur costume du dimanche, étriqué

Les crins-crins résonnent dans le cœur des vieux
Quand la routine des en-avant deux
Fait de nouveau flamber leurs sabots.

Café, violon, mandoline, capeline et araire
C’est maintenant les gigues d’Irlande
Qui ouvrent les oreilles des jeunes paysannes.

Ils avaient transformé la cocarde de sainteté
En communes socialisées :
Saint Philbert du peuple, Cheviré le Rouge…

Mais les pins ont remplacé
Chênes et châtaigniers
Les vaches stabulent
Et les lapins granulent

Leur terre est piétinée
De tracteurs de cent chevaux
Les armées de Napoléon n’étaient rien
La terre est maintenant brulée
Par les technocrates champêtres

Des barbus, chevelus, marginaux
Ont envahi les lieux
Ils ambitionnent de faire revivre
Leur pays

Le retour à la terre
Qu’ils disent
Celle qu’ils ont, eux
Jamais quitté.

Difficile rencontre

Tu es l’ouvrier d’un futur incertain
Prolo opprimant femme et enfants
Tu charpentes, tu maçonnes à tours de bras
La poussière étouffe ta gorge et tu bois

Ta civilisation c’est celle
Des bagarres de chantiers
Des histoires de motos et de nanas

La curiosité te surprend
Comme l’envie de te connaître
Face à l’initiative
Tu réponds, sur la défensive

Fout moi ton poing dans la gueule
On aura fait un pas !

Transversale sans transgression

Je veux, comme ce sioux oglala,
marcher à travers montagnes et vallées.
Je veux, fouler le territoire d’un pas allègre,
sans barrières, ni clôtures.

Je veux, être en accord,
avec cet arbre qui est arbre,
avec cette fleur qui est fleur,
avec ce brin d’herbe, là,
avec ce bois, pas encore meurtri.

Je veux, être en accord,
avec moi-même,
Être intégré dans ce cycle de vie,
ou tout part de la terre,
pour revenir à la terre.

Je veux, que la terre que j’habite,
m’habite toute entière,
m’accepte en son sein.
Qu’elle accepte mes pas,
que pas à pas, je poursuis.

Je veux, vivre là
Et savoir pourquoi, je vis là.
Je veux que mon passage sur cette terre,
ne la marquera,
que par la chaleur avec laquelle, je l’aurai travaillée,
que par le plaisir d’avoir arpenter,
ses forêts, ses bois, ses champs ensemencés.

Laisser-aller

La toue cabanée
Tousse
S’enroue
Puis, s’ébroue

Bruisse
Glisse
Au fil de l’eau
clapotante

Larmes

Alarme !
Les larmes
Coulent
Roulent
Sur ses joues
Couvertes de boue.

Malgré le poids des ans,
Les yeux pourtant,
Etincèlent.

Je décèle
Ce qu’elle recèle.
Son port altier
Son costume soigné
Révèlent.

Elégance
Intelligence
Pensées subtiles.

Quel chagrin inutile
A pu la blesser
A l’en faire pleurer ?

Eternel recommencement

Dans la forêt calcinée, le grand arbre est abattu
Seul, le pied, tronc moussu, reste figé en terre
Ecorché par la tronçonneuse meurtrière
L’humidité, le mine, tout entier

Les fourmis attaquent
Galeries, creux, bosses
Du tronc à l’écorce
Tour de Babel structurée

La fourmilière s’agite
Vermisseaux, larves et graines
Les travailleuses s’affairent
Butinent, agglutinent
Pour satisfaire leur reine

Un jour, un enfant
Passant par là
Intéressé par la structure de l’écorce
L’arracha

Les fourmis paniquent
Ne reconnaissent plus, leur univers
L’une grimpe au faîte d’une paille, inutilement
A droite, le vent souffle
Les galeries sont éventrées…
Un mille-pattes dérangé,
Se cavale, effrayé

A cette perturbation
Les fourmis réagissent
Organisons nous, chères sœurs !!!
Elles s’adaptent et reconstruisent.

Sidérant spectacle

En plein ciel,
J’retourn’rai la terre,
J’retrouv’rai la lune
Je criblerai le sable,
D’amour et de poussière.

La Mauve s’enorgueillira
d’être ma compagne.
Les uns et les autres,
se culbuterons, se bousculerons
pour savourer ce spectacle.

Air froid

Les saules frissonnent,
C’est l’automne.
Le froid s’immisce,
Dans les interstices.

L’humidité s’insinue,
A perte de vue.
De grandes étendues s’imbibent
Jusqu’aux abîmes.

Bientôt, c’est le gel
Sur les demoiselles
Les paysages déserts
Du début d’hiver.

Immobile, froid, sec et glacé
L’air pur fait trembler
Les amoureux abonnés
De balades emmitouflées.

Courir ta chance

Suppose que le jour devienne la nuit
Et qu’au détour d’un bois
Le clairon se déclenche

Suppose que l’ennui
S’empare de toi
Le lendemain d’un dimanche

Je te demande de retrouver l’envie
De nouveau de croire en toi
Et de courir ta chance.

Randonnée avortée

Une brume ouateuse s’est répandue
Sur toute la surface bosselée
Au bord, une épaufrure est apparue
Il faut, choisir le chemin, se déterminer.

Emprunter le sentier des crêtes
Contourner les rochers, les arêtes
Côtoyer le ravin, le précipice
Danger que l’on dévisse.

Contourner par l’échancrure des plaines
Descendre jusqu’au lac, à peine
S’incruster, s’immiscer à travers la forêt
Puis se retrouver de l’autre côté, à peu près.

Nous en étions à ces tergiversations
Quand un élément détourna notre attention
L’orage grondait au loin
Pas d’abri, à ce point !

La pluie fit son apparition
Sans demander d’autorisation
Il nous fallait trouver
Au plus vite, une anfractuosité.

A la tombée du jour, nous sommes redescendus
Trempés, crottés, fatigués, fourbus
Nous aurions pu nous égarer, être perdus
Nous fûmes seulement déçus, par cette déconvenue.

Le dieu NPK

Un toubab habillé
Guérisseur se son état
En Afrique, vint se promener.

Il y fut témoin,
De meurtres, massacres, supplices
Et pour l’initier, de sacrifices.

Que faire des corps ?
Il les vit, transportés,
Emmaillotés, desséchés.

Les marabouts conseillaient
De ne pas s’en défaire
Le guérisseur dit, de les porter en terre
Pour en faire don, au dieu NPK.

Prédictions pour l’année 2024

Oyé, Oyé, braves gens
Un nouveau gouvernement est né
Gageons, à l’instant
Qu’il sera tout aussi empêtré
Dans d’étranges affaires
Que les précédents

Soyons en assuré
Il prépare cette année
Comme toutes celles qui ont précédé
De nouvelles taxes sur les oies
Les cochons et autres couvées
De toutes nouvelles lois
Pour que les aveugles revoient
Que les sourds entendent de nouveau
Et que les muets s’écrient bien haut :
Bonne année

Embrigadement

Outrage aux embrigadés
Caricatures de ce qui est attendu
Raideur, rigueur et saluts
Par la hiérarchie et l’ordre, rassurés.

Tout ce qui n’est pas ordre
Est magouilles et coups tordus
Tout ce qui n’est pas nous
Est étrange, étranger et désordre.

Le thé à la menthe, ultra sucré
Offert par les porteurs
A, le charme et le parfum de l’ailleurs
Mais ne permet pas la découverte de l’altérité.

Sculpture, peinture et poésie
Voyages, convivialité et généalogie
N’effacent pas l’outrance du besoin d’ordre
Les relations se tendent jusqu’à la corde.

Le malaise s’installe
Autour de la table
Il est temps de quitter les lieux
Sur le pas de la porte ; les adieux.

Souvenir de Georges

Du néant, de nulle part, tu t’es levé
A 9 ans, tu étais garçon-vacher
Les rats te tenaient compagnie
Mais tu avais d’autres envies.

Seul, tu as appris à lire
Mais c’était conduire
Qui allait te servir,
De tremplin, d’avenir.

Tu trônes, solennel
Près de la Delage du colonel
Les véhicules
Vont être ton pécule.

Chuintements éclectiques
Des premiers camions électriques
Branle-bas
Des gazogènes à bois
Tu as connu
Tous les débuts.

Extraction, chargement des cailloux
A la pelle, debout
Construire les routes
Jusqu’au bout, sans doute.

De l’exode, tu n’as jamais parlé
J’ai pourtant identifié
Avec quel camion tu as emmené
Toute ta famille se sauver.

C’est dans le CD2 acheté aux ricains
Qu’avec toi, j’ai chargé
Les sacs de blé, dans la plaine de Noisé.
Je n’aurai laissé ma place, à aucun.

Inlassablement tu racontais les parties de chasse,
Ce vol de perdreaux ou de bécasses
Le chien à l’affût
Qui rapporte, déçu.

A la belote, c’était Nous contre Eux
On jouait toujours tous les deux.
Depuis longtemps, tu es parti
Mais comment veux-tu, que je t’oublie.

Longue route

Que le printemps, toute l’année
poursuive sa route
de saxophones amusés.

Que le brouillard et les arbres givrés
t’inspirent d’éclatants reflets,
de subtils accords béats
conjugués de mots-débats.

à destination de Gérard Delahaye (1978)
https://www.gerarddelahaye.fr/

Sourire en question

Vont-elles descendre
De décembre
Au printemps
En prenant tout leur temps ?

Ou bien,
Mine de rien
Allumer nos désirs
En un seul sourire ?

Matin enneigé

Ce matin, le jardin est tout enneigé,
Les mésanges charbonnières sont affairées,
à grignoter les noix proposées,
Pinsons et moineaux essaient, de leur voler.

Le rouge-gorge pondéré et martial
Attends un instant spécial
Pour prendre part au festin
A l’entrée du jardin.

Sur le pommier sentinelle
L’autre mangeoire est aussi visitée
De manière solennelle.

Les tomates affaissées le long des piquets
Gris, vert, rouille, les branches alignées
Se sont débarrassées, de la neige verglacée.

Au fond du verger, les oiseaux, plus gros
Corbeaux et merlots
Se disputent les meilleurs morceaux.

Poèmes aimés

La passe de Loushan

Les vents d’ouest soufflent violents
L’oie sauvage crie au fond du ciel glacé de lune matinale
Glacés de lune matinale
Les chevaux trottent, sabots claquants
Les clairons sonnent, graves et lents…

Mao Zedong, 1935

Le petit verger de cognassiers

Autre chose vue au retour d’une longue marche sous la pluie, à travers la portière embuée d’une voiture: ce petit verger de cognassiers protégé du vent par une levée de terre herbue, en avril.
Je me suis dit (et je me le redirai plus tard devant ces mêmes arbres, en d’autres lieux) qu’il n’y avait rien de plus beau, quand il fleurit, que cet arbre-là. J’avais peut-être oublié les pommiers, les poiriers de mon pays natal.
Il paraît qu’on n’a plus le droit d’employer le mot beauté. C’est vrai qu’il est terriblement usé. Je connais bien la chose, pourtant. N’empêche que ce jugement sur des arbres est étrange, quand on y pense. Pour moi qui décidément ne comprends pas grand-chose au monde, j’en viens à me demander si la chose « la plus belle », ressentie instinctivement comme telle, n’est pas la chose la plus proche du secret de ce monde, la traduction la plus fidèle du message qu’on croirait parfois lancé dans l’air jusqu’à nous ; ou, si l’on veut, l’ouverture la plus juste sur ce qui peut être saisi autrement, sur cette sorte d’espace où l’on ne peut entrer mais qu’elle dévoile un instant. Si ce n’était pas quelque chose comme cela, nous serions bien fous de nous y laisser prendre.
Je regardais, je m’attardais dans mon souvenir. Cette floraison différait de celle des cerisiers et des amandiers. Elle n’évoquait ni des ailes, ni des essaims, ni de la neige. L’ensemble, fleurs et feuilles, avait quelque chose de plus solide, de plus simple, de plus calme ; de plus épais aussi, de plus opaque. Cela ne vibrait ni ne frémissait comme oiseau avant l’envol ; cela ne semblait pas non plus commencer, naître ou sourdre comme ce qui serait gros, d’une annonce, d’une promesse, d’un avenir. C’était là, simplement. Présent, tranquille, indéniable. Et, bien que cette floraison ne fût guère plus durable que les autres, elle ne donnait au regard, au cœur, nulle impression de fragilité, de fugacité. Sous ces branches-là, dans cette ombre, il n’y avait pas de place pour la mélancolie.

Philippe Jaccottet, Blason vert et blanc, recueil Cahier de verdure, Gallimard

Libre

Libre de trouver
Ce que vous ne cherchiez pas

La vie antérieure

Ta mère et moi faisons partie de ta vie antérieure ?
– Papa, il faut me croire. Maman et toi êtes inscrits en moi, je suis avec vous, y compris lorsque les circonstances ne le permettent pas.
Le jour venu, lorsque tu prendras connaissance des évolutions de ma vie, tu comprendras que je suis relié à vous et, à travers vous, à mes grands-parents et aux Carpates.
Cette nouvelle évolution est étrange, pleine de contradictions, mais je n’oublie pas une seconde que vous êtes mon âme, et que je n’en ai pas d’autre.
Je ne vous ai pas trahis et ne le ferai jamais. Et même si je venais à oublier tous les mots qui faisaient le lien entre nous, nous continuerons à parler comme avant.

Aharon Appelfeld (1932-2018), Le garçon qui voulait dormir

Sauvages

Un millier de sauvages
S’apprêtent à combattre.
Ils ont des armes,
Ils ont leur cœur, grand cœur,
Et s’alignent avec lenteur
Devant un millier d’arbres verts
Qui, sans en avoir l’air,
Tiennent encore à leur feuillage.

Paul Eluard, Perspective, recueil Capitale de la douleur, Gallimard

Je dirai que c’est le vent

A travers les interstices
De mon rideau de bambou
Passez à votre aise
Si ma mère qui m’a tendrement élevée
Me questionne
Je dirai que c’est le vent

Anonyme 8ème siècle, Anthologie de la poésie japonaise classique, Gallimard

La présence des absents

Il y a quelque chose de plus fort que la mort
C’est la présence des absents dans la mémoire des vivants

Jean d’Ormesson (1925-2017)

Les fleurs des pêchers

l’année dernière, au troisième mois, sur le sentier
au bord de la rivière,
je marchais en regardant les fleurs des pêchers
arriver jusqu’à ta maison
aujourd’hui je passe à nouveau, tu n’es plus là
les fleurs des pêchers sont comme jadis, pareilles
à des nuages embrasés

Ryokan (1758 – 1831)

De son vrai nom : Eizō Yamamoto, ce poète japonais est plus connu sous son seul prénom de moine Ryōkan (signifiant « Grand-Cœur »)

Ces courts déplacements

Cette présence dense laisse supposer la quotidienneté de micro-déplacements effectués à travers champs, selon les brèches qui se creusent dans les haies profondes. L’entraide, l’échange de services entre parents, amis ou voisins, l’éducation sentimentale alimentent ces courts déplacements qui tissent sur le bocage de subtils réseaux, plus ou moins serrés selon la qualité des relations et la teneur des sentiments.

Alain Corbin, Le monde retrouvé de Louis François Pinagot, Flammarion

Mère,

Comment as-tu formé ma tête dans le secret de tes entrailles ?
Comment, par quels songes jamais dits, as-tu modelé mon cerveau de façon à ce qu’un jour une phrase m’affole et me détourne de mes projets ?
Nos projets sont un labyrinthe de verre avec des traces de doigts sur les portes : le palais des glaces à la foire. Nous y entrons que pour en chercher la sortie.

Christian Bobin, Un bruit de balançoire, Gallimard

Tout se passe à peu près comme

Tout se passe à peu près comme
si l’on reprochait à la pomme
d’être bonne à manger.
Mais il reste d’autres dangers.
Celui de la laisser dans l’arbre,
celui de la sculpter en marbre,
et le dernier, le pire :
de lui en vouloir d’être en cire

Rainer Maria Rilke, Vergers, Gallimard

Miettes

Dans un monastère zen chaque moine, à la fin du repas, laisse quelques grains de riz dans son assiette pour les oiseaux. L’écriture est ce geste.

Christian Bobin, Un bruit de balançoire, poème Chère Inconnue, Gallimard

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